6 avril 2018
Session 2018
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Session 2018
MUKABALISA DONATILLE : « Après le génocide, le peuple rwandais a fait le choix de la réconciliation et non de la vengeance »

Discours de Son Excellence MUKABALISA DONATILLE, Présidente de la Chambre des Députés à l’ouverture de la Session 2018 de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire


Excellence Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale de la République de Côte d’Ivoire,
Honorable membres de l’Assemblée Nationale Nationale,
Distingués invites, Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi d’abord d’exprimer mes sincères remerciements à Son Excellence Monsieur Guillaume Kigbafori Soro, Président de l’Assemblée Nationale de la République de Côte d’Ivoire, pour l’invitation qui nous a été adressée pour participer à la séance solennelle d’ouverture de la Session Ordinaire de l’année 2018 et pour l’honneur que vous m’avez accordé d’adresser cette session plénière de l’Assemblée Nationale.
Permettez-moi de vous adresser aussi notre profonde gratitude pour l’accueil chaleureux et l’hospitalité légendaire qui nous on été réservés depuis que nous sommes dans ce beau pays, la Côte d’Ivoire. Nous apprécions hautement les efforts déployés pour que cette visite soit tant utile qu’agréable. Soyez-en remercié, Excellence Monsieur le President.
Au nom de la Chambre des Députés et de ma délégation, je voudrais aussi transmettre les salutations fraternelles et chaleureuses de Son Excellence Monsieur Paul KAGAME, Président de la République du Rwanda et Président en exercice de l’Union Africaine à son Homologue, Son Excellence Monsieur Alassane Dramane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire, a vous-même, Honorables Parlementaires ainsi qu’au peuple de votre pays, pays frère et ami.
Cette visite s’inscrit dans le cadre du renforcement de nos excellentes relations bilatérales déjà existantes, aussi bien au niveau de nos deux pays qu’au niveau de nos Parlements. Nous nous réjouissons également des liens qui unissent les pays africains en général, mais surtout de notre objectif commun de solidifier tout ce que nous construisons ensemble au quotidien basé sur une coopération Sud-Sud, le respect et l’appui mutuels. En effet, Excellence Monsieur le Président, Honorable membres de l’Assemblée Nationale,
Il tient à nous en tant que peuple africain de sauvegarder notre dignité, de renforcer notre solidarité basée sur l’ambition commune de notre histoire partagée pour faire avancer notre continent et le peuple africain que nous représentons. Notre Union devrait être considérée par les Etats Africains comme une opportunité d’établir des partenariats pour une prospérité partagée. Ceci nous amène à regarder ensemble ce que nous pouvons faire entre nous pour un développement durable. Le continent Africain, qui regorge de richesses énormes, devrait devenir auto-suffisant et réduire la dépendance aux bailleurs par le biais d’effort d’amélioration du climat d’investissement et passer ainsi d’une situation de revenus issus des dons a des revenus issus d’investissements, avec des retombées telles que la création d’emplois et la réduction de la pauvreté. En effet, les richesses africaines devraient nous aider à investir principalement dans les infrastructures, l’industrie, l’éducation de nos enfants, la santé de notre population et les services pour donner ainsi un vrai coup de pouce au développement durable.
Ici nous nous félicitons de la décision historique, qui prouve la dignité et la solidarité africaine, celle de signer le Traité sur la Zone de Libre-échange Continental, l‘un des projets phares de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine lors du Sommet Extraordinaire de l’Union Africaine qui s’est tenue à Kigali au mois de mars dernier ainsi que d’autres conventions.
Nous nous réjouissons de ce pas gigantesque franchi vers l’intégration économique et commerciale du Continent où 44 pays africains ont apposé leurs signatures sur cet accord de libre-échange continental.
Nous, Parlementaires Africains dans nos Parlements respectifs, avons le devoir d’en faire la ratification dans les délais impartis, mais aussi et surtout, de faire la sensibilisation et la mobilisation du secteur privé pour qu’il s’y investisse a fonds. Nous avons ce devoir de soutenir cette grande étape et signe de changement vers l’intégration économique en tant que représentants de la population.
La mise en œuvre de cette réforme nous demande de conjuguer nos efforts en tant que peuple africain pour réaliser cet agenda politique et économique, d’une grande importance pour le développement et la stabilité de l’ensemble de notre continent.
Excellence Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Honorable Membres de l’Assemblée Nationale,
Une opportunité comme celle-ci est toujours une occasion pour échanger les expériences et expertises respectives. Permettez-moi, Excellence Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale, d’échanger avec vous un peu de l’expérience de mon pays en ce qui concerne le développement et la transformation socio-économique au cours de ces dernières 24 années après le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.
Comme vous le savez tous, notre pays a connu une horrible histoire, très douloureuse, caractérisée par la mauvaise gouvernance des régimes politiques divisionnistes, qui avaient institutionnalisé l’exclusion et les haines, ce qui a culmine au génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda en 1994. Ce génocide, qui a emporté plus d’un million de vies innocentes en seulement, a laissé le pays complétement détruit, une population traumatisée, les rescapés du génocide ayant des blessures physiques et psychologiques, la majorité étant des orphelins et des veuves, qui avaient d’ailleurs été doublement touchées par le génocide, d’une part parce qu’elles étaient tutsi, d’autre part parce qu’elles étaient femmes avec toutes les atrocités qu’elles ont subies, que je ne citerai pas ici. Je dois dire ici que les causes originelles de ce génocide vont bien au-delà du Rwanda.
Apres ce génocide, le peuple rwandais a fait le choix du chemin de la réconciliation et de l’unité, et non pas celui de la vengeance qui ne pouvait pas résoudre les problèmes que nous avions, mais plutôt pouvait en créer d’autres. Nous avons choisi de rester ensemble, unis pour essayer de refermer les plaies du génocide, et mettre ainsi fin à la haine et aux divisions, rétablir la paix et la sécurité. Il fallait absolument vivre et travailler ensemble pour avancer et construire l’avenir en étant optimiste, prendre la responsabilité de nous assumer nous-mêmes, être un grand pays idéologiquement et avoir de grandes idées et ouvrir des horizons. Ces choix nous ont évité le scénario d’un Etat en faillite. Mais ce chemin était très épineux et délicat et demandait de faire des sacrifices énormes par les dirigeants et la population toute entière. En effet, il était impensable de demander aux victimes du génocide de pardonner et vivre au jour le jour côte à côte et travailler ensemble avec ceux qui ont exterminé les leurs. Tout était urgent et prioritaire, il a fallu recoller, difficilement, les morceaux ici et là. Mais nous avons pu réussir, en tant que nation, mis de cote ce qui nous séparait pour privilégier ce qui nous unissait, le fait d’être rwandais.
Dans le cadre de la reconstruction de notre pays, après la période d’urgence et à l’issu des différentes consultations, nous avons dû non seulement initier des réformes politiques et administratives, en mettant sur pied des mécanismes et des actions concrètes qui garantissent et instituent l’inclusion, la transparence et la lutte contre la corruption dans la gestion des affaires publiques, mais aussi et surtout, nous avons engagé de profondes réformes économiques qui garantissent un environnement d’affaires attrayant et propice.
Nous avons aussi investi dans les infrastructures, la technologie, le secteur des services, le tourisme, et étant donné que notre pays a l’objectif d’avoir une économie basée sur les connaissances, nous avons beaucoup investi dans le capital humain par l’éducation et nous sommes convaincus que, pour sur, nous avons beaucoup à apprendre de vous et à échanger dans différents domaines tels que le commerce et l’investissement, l’industrie textile, l’agri- business, les services bancaires et d’assurance, l’éducation, la santé, le tourisme et le transport aérien, pour ne citer que cela.

Si notre pays est bien quotté par les différentes institutions internationales dans différents secteurs, c’est parce que nous avons des Rwandais, surtout les jeunes et les femmes rwandais, qui se sont pardonnés entre eux et qui ont pris le destin de leur pays en mains par le sens du travail. A la tête son Excellence Paul KAGAME.
Nous avons revalorisé notre culture et nos traditions, pour y puiser et trouver des solutions propres et adaptées aux problèmes qui sont les nôtres. C’est ainsi que les Rwandais, se basant sur leurs valeurs, mettent en place des mécanismes de solutions endogènes en vue d’aborder des questions qui les concernent dans le but du développement national, de la promotion de la culture nationale et de la restauration de notre dignité et travailler ensemble.
Excellence Monsieur le President de l’Assemblée Nationale de la République de Côte d’Ivoire,
Honorable membres de l’Assemblée Nationale
L’autre aspect important que nous avons tenu en considération est le respect des principes d’égalité entre les hommes et les femmes, la promotion et le renforcement de la capacité de la femme, qui constitue une condition préalable pour le développement durable.
Dans notre pays, comme partout ailleurs en Afrique et dans le monde entier d’ailleurs, les femmes ont toujours été privées de leurs droits et des différentes opportunités. Les régimes dictatoriaux et discriminatoires qui ont endeuillé notre pays ont fait des discriminions envers les femmes, tant au niveau institutionnel et légal qu’à celui de la culture et des usages.
Mais historiquement, durant la guerre de libération de mon pays, les femmes ont joué un rôle considérable en combattant aux côtés de leurs frères. Après le génocide perpétré contre les tutsi en 1994, les femmes ont contribué de façon significative dans le processus de reconstruction de notre pays qui était complètement détruit, et elles ont pris le devant dans différentes initiatives sur le plan politique, économique et dans le processus de réconciliation nationale. Elles ont donc démontré leurs capacités au même titre que leurs frères.
Comme elles constituent la majorité de la population (52%), notre pays ne pouvait pas prétendre se développer en laissant toutes ces forces derrière. C’est dans ce cadre que notre pays a mis en place tous les mécanismes garantissant l’égalité entre les femmes et les hommes, les filles et les garçons.
La Constitution de la République du Rwanda de 2003 révisée en 2015 est la pierre angulaire du cadre juridique et politique qui garantit l’égalité entre les femmes et les hommes. Ladite Constitution comporte des dispositions sur les principes d’égalité entre hommes et femmes et l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes et constitue également une plate-forme très solide pour l’intégration de la dimension genre dans le processus législatif. Elle garantit au moins trente pour cent (30%) aux femmes dans les postes et instances de prise de décision. Actuellement, au Parlement, les femmes sont 64 % ce qui fait que nous sommes le Premier Parlement au monde à avoir le plus grand nombre de femmes. Au sénat, les femmes sont 38,5 %, au Gouvernement : 40%, au judiciaire : 40 %, dans les Conseils de District 45,2%. Pour ne citer que ces quelques exemples.
Un autre facteur clé pour illustrer les progrès réalisés en matière du genre et de la promotion de la femme est l’institution de ce que l’on appelle “gender machinery, composé de 4 institutions qui se complètent et qui travaillent en étroite collaboration que sont le Ministère du genre et de la promotion de la famille qui définit et coordonne les politiques en matière du genre et de la famille, le Forum des femmes rwandaises parlementaires qui a un rôle de plaidoyer pour l’intégration et la prise en compte de l’élément du genre dans la mission du Parlement de voter les lois et le contrôle de l’action gouvernementale, le ‘gender Monitoring Office” qui contrôle le respect du genre dans les institutions publiques et Privées, et le Conseil National des femmes qui joue le rôle de plaidoyer, de sensibilisation et de mobilisation. La creation du FFRP..
La représentation des femmes dans les instances de prise de décision a eu une influence très positive dans la mise en place des politiques, le vote des lois qui tiennent en considération le concept genre ainsi que la mise en œuvre des différents programmes sur l’égalité entre les femmes et les hommes et la promotion et le renforcement de la capacité de la femme et de la jeune fille.
Les lois qui ont été votées et qui garantissent les mêmes droits aux femmes et aux hommes en matière de succession, du patrimoine de la famille, en matière de lutte contre les violences basées sur le genre, etc.. ont eu un impact très positif sur la transformation socio-économique de notre pays. En effet, à titre d’exemple, une femme qui, par la loi foncière, a droit aux titres fonciers, peut accéder facilement au crédit bancaire, puisque le problème d’hypothèque ne se pose plus, et entreprendre des activités génératrices de revenus, ce qui rehausse son niveau de vie, celui de sa famille et par conséquent, ça a un impact positif sur la croissance économique de notre pays.
Par ailleurs, nous avons mis en place des mécanismes d’intégration de la dimension “gender” dans le processus de planification et de budgétisation. La budgétisation “gender” a été institutionnalisée par la loi organique des finances et l’Etat en 2013, rendant ainsi obligatoire l’intégration de la dimension “gender” dans le processus budgétaire et de son exécution dans toutes les entités publiques. Cet aspect doit être observé lors de l’élaboration du projet de budget soumis au Parlement et celui-ci en tient minutieusement compte lors de l’examen et l’adoption du budget national.
Il est important de noter que le programme de l’égalité du genre ne peut réussir que grâce à la volonté politique du leadership national qui apprécie le bien-fondé de l’égalité des hommes et des femmes et leurs capacités dans l’exercice de leurs potentiels. L’égalité entre l’homme et la femme n’est pas une question de faveur, mais bien des Droits et cette question de droits égaux ne devait pas être une préoccupation des femmes seulement, mais bien une préoccupation de chacun et de nous tous. C’est pourquoi, les dirigeants de hauts niveau que nous sommes et ayant une grande influence sur la polulation, nous avons le devoir d’agir. Je tiens à saisir ce moment pour exprimer ma gratitude à mon Président, SE Paul Kagame, pour sa politique et sa gouvernance inclusive, ne laissant personne derrière, et permettant à chaque Rwandais et à chaque rwandaise de maximiser ses potentiels. Comme Il l’a dit : « la réalité est que la société qui découvre le potentiel caché de la femme tant en matière socioéconomique, culturel que politique, finit par prospérer. Celle qui ignore le génie, la force et le savoir-faire de la femme reste à la merci de la pauvreté ».
Excellence Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale
Honorable membres de l’Assemblée Nationale,
Bien que nous sommes désormais loin par rapport à notre passe douloureux, et que les résultats que nous enregistrons sont encourageants, nous n’avons pas encore atteint le niveau escompté.
Nous avons encore un long chemin à parcourir et espérons que la collaboration, la coopération et le partenariat avec les pays amis nous permettra tous d’arriver ou nous désirons arriver. Vive l’amitié et la coopération entre pays Africains, vive l’amitié et la coopération entre le Rwanda et la Cote d’Ivoire.

Je vous remercie de votre attention.


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