8 janvier 2017
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Le regretté énarque Lambert Coulibaly : éloge funèbre pour un ivoirien sacerdotal

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi
Professeur agrégé de philosophie, Paris, France


La nouvelle de la disparition brutale de Lambert Metahapena Coulibaly s’est répandue, telle une traînée de poudre le 2 janvier 2017 dans la terre d’Eburnée : « Le DAAF Lambert Coulibaly vient de mourir avec sa fille aînée dans un accident sur l’autoroute du nord, près d’Abidjan ». Je n’ai pas cru en ce message électronique nocturne de la fidèle secrétaire du président Guillaume Soro, Madame Brigitte Yerith Mondan que Lambert nommait si affectueusement « ma Cocotte ». J’aurais tant voulu que le portable de Brigitte Yerith et le mien aient fait un caprice. J’ai espéré qu’au lever du jour, par la puissance créatrice de l’aurore, des faits nouveaux démentent la froideur de ces machines. Cruelle évidence. Le soleil du 3 janvier 2017 s’est levé sur la catastrophe. Tragique sentence ! Alea jacta est ! La nouvelle était juste et parfaite. Elle a assommé toute la famille des hauts cadres politiques ivoiriens, tous bords confondus. Puis, elle a franchi les frontières du pays, dans la nuit même de son trépas, pour faire chavirer des âmes et des familles entières dans le désespoir et l’amertume épaisse, dans les pleurs et les cris, dans l’angoisse et le vide d’être. La nouvelle de la mort accidentelle de Lambert Coulibaly m’a littéralement vidé de toutes mes forces en Normandie. Abonné à l’écriture quotidienne, j’ai perdu ma plume et ma voix depuis des jours, obsédé par les derniers instants de ce frère, de ce compagnon de lutte, de cette cheville ouvrière de l’équipée historique de notre leader générationnel commun, Guillaume Kigbafori Soro, que le décès de son intime Lambert laisse à jamais inconsolable, après ceux de Maître Fakhy Konaté et de l’inénarrable Lamine Sanogo. Je n’ai pas arrêté d’imaginer le choc sourd et lourd du véhicule de Lambert Coulibaly contre ce camion garé sur l’autoroute du Nord. Je n’ai pas arrêté de penser les dernières idées terrestres de Lambert et de sa fille agonisant dans la nuit de leur traversée vers nos ancêtres. Et depuis des jours, je me suis avéré incapable de penser Lambert Coulibaly mort, bourrant ou définitivement voué au néant…En ce dimanche 8 janvier 2017, au lendemain de ce qui aurait été le 45ème anniversaire de ce bref aîné, des forces me sont venues pour lui rendre hommage, au fur et à mesure que s’est estompée dans mon âme, sa voix d’au-delà, qui me répète depuis le 3 janvier 2017 : « Frère, ce n’est pas grave, moi j’en ai fini, plus tôt que je ne le voulais. Mais vous, vous devez continuer d’accompagner le Président Guillaume Soro dans l’accomplissement de son destin national ». Dans les lignes qui suivent, je voudrais m’imposer le devoir de penser Lambert Coulibaly en trois questions et de confier par ma plume et ma prière ardente, son âme au Maître de Vie qui tient les clés des portes d’entrée et de sortie de l’Hadès, notre destination commune de vivants. Qui était Lambert Coulibaly Metahapena ? Que représentait-il dans la génération africaine dont Guillaume Soro mène aujourd’hui la barque destinale ? Que devons-nous tirer comme leçon de la fulgurante traversée de ce monde par ce brillant technocrate ivoirien ?

Qui était Lambert Coulibaly ?

Ecce homo ! Voici l’Homme. Ce fils du pays sénoufo, né comme bon nombre d’entre-nous en 1972, chrétien de naissance, était un homme d’une modestie, d’une générosité et d’une subtilité humaine exceptionnelles. Bon époux et père de famille attentionné, il savait donner à l’amitié et à la fraternité ses véritables lettres de noblesse. J’ai rarement vu un africain de ma génération détenir autant de pouvoir et refléter autant de simplicité. Alors que je connaissais Guillaume Soro dès 1995, j’ai fait la connaissance de son cousin Lambert Coulibaly en août 2012. Dans les bureaux de l’annexe actuelle de l’assemblée nationale, près de l’ambassade américaine d’Abidjan, la rencontre du Directeur de l’Administration et des Finances du Parlement fut pour moi une confirmation de plus de la puissante houle générationnelle qui montait à la gestion de la Côte d’Ivoire aux côtés du député de Ferkéssédougou.

Le corps mince, frêle, comme la voix fluette et retenue qui en émanait, Lambert Coulibaly n’avait ni la l’arrogante allure, ni la faconde superbe de certains de nos technocrates-bureaucrates imbus des grâces de leurs bureaux climatisés d’Abidjan. Une calvitie tôt venue sur son jeune crâne annonçait comme la précocité de la sagesse des Anciens en lui. Et il y avait toujours, chez Lambert ce léger sourire, plein de bonté et d’autodérision. Lambert était d’un naturel sympathique et charmant. Rien ne laissait germer en lui ou émaner de lui, l’hypocrisie de certains prédateurs administratifs de nos tropiques. Comme je le soulignai aussitôt à mes compagnons d’alors dans les bureaux de l’Assemblée Nationale, à savoir les professeurs Alexis Dieth et Paul-Aarons Ngomo, venus saluer avec moi le jeune chef du parlement ivoirien en août 2012, l’âge et la sensibilité populaire des collaborateurs de Guillaume Soro indiquaient que le Camarade Bogota était le chef incontestable de la révolution générationnelle ivoirienne. Avec les Souleymane Koné dit Soul to Soul, Toh Marc Ouattara, Méité Sindou, Alain Michel Lobognon, Touré Moussa, Hermann Koné Ardiouma, Mohammed Ben Souk Sess, Abdoulaye Fofane, Modeste Gedagne Lath, entre autres compagnons de génération de Guillaume Soro, Lambert Coulibaly administrait la preuve que la Côte d’Ivoire qui monte a confiance en elle-même et qu’on devra compter, incontestablement, avec elle.

J’ai connu l’homme-Lambert ensuite, comme un amateur des arts et de la culture. J’étais l’un de ses pourvoyeurs en essais économiques, politiques, en théories philosophiques, car il était d’une curiosité intellectuelle sans bornes. C’était aussi l’une des raisons de son admiration pour le brillant professeur agrégé des universités Jean Max Mezzadri, notre doyen d’âge, conseiller très expérimenté du président Guillaume Soro, dont Lambert me parlait avec une délectation sincère. Nos conversations, très vite, quittaient les urgences du quotidien pour s’installer dans la compréhension de la Côte d’Ivoire, de l’Afrique et du monde. Nous nous réfugions dans l’un de ses nombreux bureaux annexes ou de circonstances ou dans un restaurant d’Abidjan, pour parler en profondeur, à l’abri de ses téléphones, des pressions de ses services administratifs. Nous rêvions sans cesse ensemble de la meilleure manière d’accompagner Guillaume Soro dans son Chef d’Oeuvre historique. Nos conversations, enfin, dérivaient aussi sur les questions spirituelles. Lambert était un Chrétien convaincu et pratiquant, s’inquiétait beaucoup de la synthèse qu’on pouvait faire entre les religions traditionnelles africaines, les trois religions monothéistes et les traditions ésotériques inspirées des unes et des autres. Nous avons ténu de longues discussions sur la nature profonde le l’existence humaine, et nos conclusions étaient similaires : la forme humaine nous est offerte par le Créateur par amour. Il nous appartient à notre tour de l’assumer comme participation à la création par amour.

Que représentait Lambert dans la Compagnie Soro ?

Intellectuellement bien structuré, il avait une pensée logique, fluide, synthétique et nourrie d’arguments théoriquement imbibés. Il disait efficacement beaucoup en peu de mots et maîtrisait à merveille les rouages de l’Etat africain moderne.

A ce titre, il administrait avec compétence et rigueur, les affaires administratives et financières de l’assemblée nationale, après avoir commencé une carrière de haut fonctionnaire du Trésor Public de son pays. Les témoignages des députés, des employés du parlement et des compagnons de carrière de Lambert Coulibaly sont largement au-dessus des présents éloges. Je ne m’époumonerai donc point à les surpasser. Je me focaliserai sur l’originalité intellectuelle et morale de l’Homme.

J’ai découvert avec le temps, qu’il avait une excellente plume. Voyageant en Chine, aux côtés du président de l’assemblée nationale, il se mua en grand reporter, nous envoyant de son art rédactionnel, les preuves palpables de sa créativité et de son réalisme sociologique d’observateur du monde. La Chine fut décrite, sur le plan économique, social, culturel et politique, avec précision et curiosité. J’ironisai même contre Lambert, en lui disant que je craignais qu’il n’importe bientôt en Côte d’Ivoire, le capitalisme populaire chinois dont il soulignait l’extraordinaire efficacité en termes de redistribution des richesses de la croissance vers les populations.

Mais Lambert avait aussi un sens de l’anecdote incroyable. Comment ne me souviendrai-je de la dernière en date ? Nous partions en avion, accompagnant le président Guillaume Soro, de San Pedro vers Bouaké, en fin octobre 2016 lors de la campagne référendaire pour la constitution de la 3ème république . Or, je ne sais trop pourquoi, Lambert Coulibaly, le jeune Hussein Kouamé, et un autre collaborateur, arrivèrent en retard dans l’avion, où le président de l’assemblée nationale s’impatientait de les attendre. Imprévisible, dans ces cas-là, Guillaume Soro simula une colère noire contre les retardataires et les somma de descendre de l’avion. Je réussis in extremis à réprimer un fou-rire. Mais, ni Lambert, ni Hussein Kouamé, ne prirent la colère présidentielle à la légère. Ils multiplièrent des excuses et des justifications plus risibles les unes que les autres, tandis que le Patron surenchérissait, avant de leur accorder sa clémence, contre toute attente. Alors, dans tout l’avion, ce fut la bonne humeur. Nous arrivons donc à Bouaké et ne tardons pas à nous attabler quelque part. Lambert Coulibaly m’approche et me dit sérieusement : « Tu as ri quand le Patron me menaçait d’expulsion de l’avion, alors que je comptais sur toi pour supplier le Patron ». J’étais peiné : « Oh, non Lambert, je n’ai ri que parce que je savais que le Président plaisantait. » Et lui d’ajouter : « Oui, je sais. Mais tu aurais dû demander pardon pour moi en plaisantant aussi ». Voilà, toute la subtilité de ce frère, que j’eus à apprécier quantité d’autres fois ! J’en avais tiré une remarque que mon ami et frère Marc Toh Ouattara, le Chef de Cabinet du président Guillaume Soro, corroborera en lisant ce témoignage : « Lambert Coulibaly fait partie de ces êtres humains qu’on a immédiatement envie de protéger, quand on les rencontre. Tellement il maîtrise le langage des émotions ! »

A coté de la force morale qu’il incarnait, Lambert Coulibaly était un travailleur acharné. Lambert Coulibaly avait gravi les marches de la prestigieuse Ecole Nationale d’Administration de Côte d’Ivoire, avec une spécialisation matière de Trésor, et c’est à juste titre qu’il était l’homme à tout faire du système financier de notre leader Guillaume Soro. L’argent, dit-on, est le nerf de la guerre. Mais quel bonheur de voir l’argent géré par quelqu’un qui n’en fait pas une idole ! Homme des situations difficiles, Lambert Coulibaly, avec détachement et sérénité, gérait les tensions et les contradictions de la vie matérielle de la Compagnie Soro avec subtilité, professionnalisme, dévouement et patience. Quand on cherchait Lambert dans le dédale de ses bureaux, pour telle ou telle urgence matérielle, on était forcément nerveux. On se promettait de lui exprimer les choses sans façons. Mais quand on avait vu Lambert, la nervosité s’estompait devant sa tranquille capacité à écouter, analyser et proposer des solutions, qu’elles fussent totales ou partielles, avec aplomb. Et mieux encore, on prenait conscience de la profondeur de son dévouement pour notre Cause Commune : accomplir le destin d’une grande génération africaine rassemblée et obnubilée par le leadership original et exceptionnel de Guillaume Kigbafori Soro.

Un énarque sacerdotal pour Notre Cause

Car pour Guillaume Soro et avec lui, Lambert Coulibaly, comme bon nombre d’entre nous, avons appris à être des cadres politiques multifonctionnels, humbles et acharnés à la tâche. Je suis agrégé et docteur en philosophie, Lambert Coulibaly et Marc Toh et bien d’autres sont énarques, et bien d’autres sont juristes, économistes, médecins, journalistes, autour de Guillaume Soro. Mais, je vous en conjure, lecteur et lectrice : Guillaume Soro est un Grand Maître de l’Art Politique. Nous avons beaucoup appris en agissant avec lui. Loin de nos spécialisations universitaires, nous avons appris à dialoguer avec toutes les couches sociales ; à analyser les situations d’urgence et à les résoudre ; à apprendre rapidement des sciences et de l’Histoire, ce qui importe pour notre Cause ; à rassembler largement le peuple de Côte d’Ivoire et à ratisser amplement dans l’opinion africaine et internationale ; à voyager dans le pays, dans notre Afrique et dans le monde en citoyens de l’Univers ; à nous adapter sans complexe aux hôtels cinq étoiles et aux palais les plus prestigieux de la planète, comme à la plus misérable chaumière du pays Bété, du pays Sénoufo ou des terres Akan ; à garder la tête sur les épaules, dans le malheur comme dans le bonheur…

Cette polyvalence caractéristique des collaborateurs et compagnons de Guillaume Soro avait en Lambert Coulibaly, un modèle parfait. Il ne rechignait à aucune tâche, aucune mission, de son domaine de compétence à tous les autres, il servait la Cause de sa génération et contribuait à l’émergence de son pays. Des finances aux associations, de la mobilisation électorale au Grand Festival culturel du Tchologo, de la réflexion programmatique à l’écriture, Lambert Coulibaly a mené une existence d’énarque sacerdotal, au service de l’espérance de son pays. Et c’est en pleine action que Lambert-multifonctions s’en est allé. Aux portes de la Terre Promise, tel Moïse contemplant la Terre de Canaan ? On serait tenté de le dire. L’Histoire se chargera de nous donner tort ou raison dans cette prémonition. Car , toute tragédie a ses mystères. Et comme me l’a confié mon ami et frère Guillaume Soro dans la douleur de cet arrachement : « Tu sais, Franklin, notre destin n’est pas une chose facile. Soyons-en définitivement convaincus et alertés. » Mais, cher Guillaume, n’est-ce pas ce que disait déjà Hegel, quand il souligne que « Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion » ? La Passion Suprême, n’est-ce pas le sacrifice de soi au coeur de son idéal ? Que chacun voie et médite sur ses raisons de vivre et de mourir. Lambert a pour sa part accompli sa mission terrestre.

On comprend, certes, dès lors, le vide que laisse la disparition de Lambert Coulibaly dans la galaxie Soro… Une béance monumentale. Un abîme de regrets infinis. Au moment où Guillaume Soro, dans la tempête des complots nationaux et internationaux contre son destin, a plus que jamais besoin de chacune et de chacun des êtres qui lui sont naturellement fidèles, qu’on imagine ce que représente la mort brutale, gratuite et absurde de sa cheville-ouvrière d’excellence sur cette autoroute du Nord qu’il n’a eu cesse d’arpenter dans tous les sens au fil des ans ! Pourtant, l’esprit-Lambert, comme l’esprit-Lamine, comme l’esprit-Fakhy et ceux de tous les autres compagnons intrépides du leader générationnel ivoirien, nous habiteront désormais et contribueront à décupler nos énergies spirituelles pour les défis émancipateurs ivoiriens et africains qui s’imposent. Car si le philosophe allemand Martin Heidegger pensait que la célébrité n’est que la somme des malentendus qui se forgent autour d’un Nom, j’affirme avec confiance et vérité que sur celui de Lambert Métapahena Coulibaly, l’unanimité vertueuse ne souffre d’aucune exception négative. Il a constamment manifesté devant chacun d’entre-nous, l’essentiel de l’humanité de l’homme.

Exister véritablement comme être humain, c’est vivre pour son idéal et se dévouer à cet idéal. Voilà ce que nous apprennent la vie et la mort de Lambert Metahapena Coulibaly. Elles nous rappellent que l’humaine condition est brève et qu’il nous faut de toute urgence la dédier au mystère du don de soi pour l’Autre, pour la Cité, pour un monde meilleur, afin de vivre toujours dans les coeurs reconnaissants et d’espérer l’accueil éternel du Maître de Vie, Celui en qui tout naît, et vers Qui tout repart, dans une montée et une descente éternelle des êtres qui est la respiration même de l’Etre Absolu. A Lui, L’Etre des êtres, avec foi et persévérance, nous confions dans la douleur et la prière des humbles, l’âme lumineuse de Lambert Métahapéna Coulibaly et celle, non moins lumineuse et innocente, de sa regrettée fille aînée ! Brutalement arrachés à notre vue physique, qu’ils bénissent par leur abnégation, nos oeuvres justes de l’autre côté de l’Océan vital de l’Univers.! Gémissons, Gémissons, Gémissons, mais Espérons !

Paris, le 8 janvier 2016.


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