20 septembre 2017
Commémoration
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Commémoration du 19 septembre 2002 :
Le ministre Alain Lobognon : « La question de la réconciliation nationale s’impose aujourd’hui à la Côte d’Ivoire »

Les hommes et femmes qui ont à une époque animé l’entité civile des Forces Nouvelles se sont réunis ce mardi 19 septembre 2017 à la résidence abidjanaise de Guillaume SORO pour se souvenir dans le recueillement, la date du 19 septembre 2002. Cette cérémonie a connu plusieurs articulations dont la communication du ministre Alain Lobognon, très proche collaborateur de Guillaume SORO. Durant près d’une demi-heure, le député de Fresco a ressorti entre autres faits, les grands mérites que gagneraient les ivoiriens s’ils épousent par des actes sincères les notions de réconciliation, de pardon et de repentance.


Un large extrait de la communication du ministre Alain Lobognon, député de Fresco

Mesdames et Messieurs,

A l’occasion de l’an 15 du 19 septembre 2002, j’ai la lourde tâche de parler, non pas de ce qui s’est passé depuis 2002, mais de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire.
C’est suspect de voir ceux-là parler de réconciliation. Disent certains. Ce n’est pas normal. Disent d’autres. Quels qu’ils soient, tous sont réconciliés quand il s’agit de critiquer l’engagement des ex forces nouvelles, hier belligérants, porter le plaidoyer pour le Pardon et la Réconciliation en Côte d’Ivoire.

Mesdames et messieurs,

La réconciliation reste un vaste champ d’exploitation pour tous les Ivoiriens afin de redonner un vrai sens au vivre ensemble. Permettez-moi de n’aborder qu’une infime partie de ce champ et laissez aux autres le soin de le terminer. Que retenir de la réconciliation nationale ?

La réconciliation nationale est un processus, une marche, un ensemble d’actions mises ensemble ayant pour finalité ou objectif de tourner la page d’un passé de chaos ou de division pour arriver à un nouveau départ entre les citoyens d’une même nation.

En d’autres mots, la réconciliation n’est pas le point de départ du rapprochement des positions irréconciliables, mais plutôt la fin d’un processus de mésententes ou de désaccords.

C’est cette phase importante pour tout pays qui a connu une ou des crises, qui impose aujourd’hui aux acteurs politiques que nous sommes, de parler de réconciliation nationale et de voir en ce processus un urgente nécessité pour la paix et la cohésion sociale en Côte d’Ivoire.

Notre pays aurait pu éviter ses crises à répétition, des deuils, des emprisonnements et des enfants, frères et parents en exil, si à un moment donné, le dialogue avait prévalu et si la Côte d’Ivoire avait eu recours aux voies traditionnelles que constituent les alliances interethniques.

Les alliances interethniques en Côte d’Ivoire sont des pactes de non-agression signés entre les ancêtres des différentes ethnies du pays. Elles mettent un accent particulier sur les railleries ou les moqueries et permettent de maintenir la paix et la cohésion sociale.

Elles peuvent éviter de sombrer dans les violences de grande envergure. Elles doivent contribuer à régler pacifiquement tous les différends et à transformer les malentendus en plaisanteries.

La Côte d’Ivoire compte des alliances interethniques entre les Sénoufo et les Yacouba, Koyaka, Lobi, Gouro, Mahouka, Koulango. Il en existe entre les Attié et les Dida, M’Batto, Kroumen, Bakwé ; entre les Baoulé et les Ando et Agni.

Nous les avons Pourquoi minimisées. Conséquences ? Les conflits intercommunautaires se sont régulièrement multipliés et quand la crise de 2002 a éclaté, rien n’a été fait pour empêcher que les Ivoiriens s’entretuent.

Les alliances à plaisanteries sont multiformes. Elles existent entre clans et groupes ethniques différents. D’un point de vue spatial, l’alliance à plaisanterie dépasse le cadre géographique circonscrit au groupe.
Pacte de non-agression, pacte d’assistance et d’aide, pacte de fraternité ou d’intégration, pacte de subordination, les alliances interethniques peuvent contribuer à réconcilier les Ivoiriens.
En tant que phénomènes sociaux, les alliances à plaisanteries ne s’expliquent que par rapport à des facteurs collectifs. En effet, il s’agit de normes et de valeurs acceptées comme un tout, un ensemble par un groupe social qui agit et détermine la conscience de chacun des membres du groupe. Ainsi dans nos sociétés anciennes, voire mythiques, les tabous liés aux contrats des alliances à plaisanteries expriment le côté prescriptif de certaines valeurs sociales, religieuses. Transgresser le tabou ou l’alliance revient à subir pour l’individu de la part du groupe des sanctions qui ont une fonction exemplaire, symbolique. La sanction du groupe est le moyen pour celui-ci de s’imposer, de s’affirmer face à l’individu transgresseur.
Il y a plusieurs modes pour réparer la transgression (poulet, cola...). On va donc de l’acte réparateur à « l’amende symbolique. »
Au total, on peut dire que la sanction, la punition du groupe a une fonction rituelle qui renforce la solidarité à l’intérieur d’un groupe mais également à l’extérieur car elle applique la volonté de s’en tenir pour tous à ce qui a été convenu, du moins admis tacitement.
Il faut tirer le meilleur parti des alliances à plaisanteries.
L’allié qui se trouve ainsi coincé sera obligé d’offrir à l’allié demandeur, tout ce qu’il exigera avant d’enterrer son proche.
Les alliances ethniques donnent occasion à des plaisanteries qui ont pour seul but l’autodérision puisque l’on doit accepter sans rancune le regard critique de l’agresseur sur sa propre culture.

L’ultime avantage des alliances inter ethnique est qu’elles représentent un facteur de paix entre les différentes ethnies à cause du pacte de non-agression et d’assistance mutuelle qui les lient entre elles.

Ainsi, il existe alliances entre :
Les Attié et les Dida ; Les Attié et les M’batto ; Les Attié et les Kroumen ; Les Attié et les Bakwé ; Les Abron et les Agni ; Les Agni et les Baoulé ; Les Abbey et les Abidji ; Les Ano et les Senoufo ; Les Ano et les Koyaka ; Les Ano et les Djimini ; Les Ano et les Baoulé ; Les Ano et les Godé ; Les Ano et les Agni ; Les Abron et les Baoulé ; Les Abron et les Agni ; Les Abron et les Senoufo ; Les Abron et les Koulango ; Les Abron et les Bron et Ashanti du Ghana ; Les Bété et les Dida ; Les Bété et les Gagou ; Les Dida et les Abidji ; Les Dida et les Abbey ; Les Dida et les Adjoukrou ; Les Dida et les Neyo ; Les Dida et les Godié ; Les Dida et les Kroumen ; Les Dida et les Allandian ; Les Adjoukrou et les Ahizi ; Les Ahizi et les Alladian ; Les Adjoukrou et les Alladian ; Les Dida et les Kodê (Baoulé) ; Les Godé avec les Djamala ; Les Godé avec les Dida ; Les Godé avec les Baoulé ; Les Godé avec les Anofoué ; Les Godé avec les Koyaka ; Les Godé avec Tagwana ; Les Koulango et les Abron (une forte alliance, à telle enseigne que les abrons ne parlent la leur mais parlent koulango) ; Les Koulango et les Lobi ; Les Sénoufo et les Koyaka ; Les Senoufo et les Yacouba (ou Dan) ; Les Senoufo et les Lobi ; Les Senoufo et les Gouro ; Les Senoufo et les Mahouka ; Les Senoufo et les Koulango ; Les Koyaka et les Lobi ; Les Yacouba (ou Dan) et les Gouro ; Les Koyaka et les Djimini ; Les Koyaka et les Koulango ; Les Koyaka et les Tagwana ; Les Yacouba (ou Dan) et les Djamala ; Les Yacouba (ou Dan)et la Tagwana ; Les Yacouba (ou Dan) et les Mahou ; Les Gouro et les Tagwana ; Les Gouro et les Djamala ; Les Gouro et les Djimini ; Les Gouro et les Peulh de la Guinée Konakry.
Au total, les alliances bien que considérés par certains comme « dures », consolident l’amour et la tolérance entre les ethnies.
Les alliances à plaisanteries sont une donnée fondamentale dans la gestion des conflits entre hommes d’un même espace et d’espaces différents. Elles peuvent être récupérées et valorisées pour régir non plus seulement des rapports limités à des clans mais des relations entre membres très divers d’une nation.

Mesdames et messieurs,

La Côte d’Ivoire doit faire attention à ne pas sombrer dans une autre crise. Il s’agit pour elle de privilégier le dialogue entre ses filles et ses fils. Le dialogue n’est pas un effet de mode importé. Il fait partie de nos traditions. C’est pourquoi, les autorités coutumières qui en usent pour régler tous les problèmes doivent donner de la voix en invitant les autorités ivoiriennes à l’essayer. L’exemple de Grand-Bassam lors de la fête de l’Abyssa doit faire tâche d’huile.
Chaque année chez les N’zima, la fête de l’Abissa qui signifie questionner, est l’occasion de critiques, de confessions et de pardon. En présence du roi, des cadres, et aussi en présence de particuliers, tous les fautifs sont mis au banc des accusés. Aucun sujet n’est tabou. Les écarts de comportement dénoncés. Les mis en cause sont nommément cités.

« C’est la critique sociale qui s’opère ainsi. Chacun doit faire son mea-culpa. Celui qui fait l’objet de critiques pour des actions blâmables et regrettables doit les accepter, se repentir et présenter ses excuses afin qu’il soit pardonné. Pendant cet exercice, le roi devient un citoyen ordinaire ».
Selon le président de l’association Abissa, Jean-Baptiste Amichia,
« l’Abissa est une plate-forme sur laquelle les N’zima se retrouvent pour se réconcilier. Quel que soit l’endroit où il se trouve, le N’zima fait mouvement vers Grand-Bassam pour commémorer le nouvel an. Il vient s’abreuver à la source, se réconcilier avec les siens. Pendant la fête, nous donnons aussi l’occasion à tous les peuples de venir nous accompagner pour partager les valeurs de pardon et de réconciliation. Il est clair que le N’Zima ne peut pas vivre dans un carré défini, il s’ouvre aux autres peuples pour des échanges ».
Chez les N’zima, le roi est soumis à des critiques, parce que, explique un fils de Grand-Bassam, « celui qui critique n’est pas un ennemi, mais quelqu’un qui aide à progresser. Cela peut être transposé à la réconciliation en Côte d’Ivoire, où nos hommes politiques doivent publiquement accepter des reproches. »

Mesdames et messieurs,

L’on ne peut parler aujourd’hui de réconciliation en Côte d’Ivoire sans recourir au dialogue, qui est l’arme des forts et non celle des faibles.

C’est pourquoi, parce que la majorité de nos compatriotes souffre des conséquences des longues crises que notre pays, la Côte d’Ivoire a connues depuis la proclamation de la République en 1959, il faut aller à la réconciliation dont l’unique enjeu en Côte d’Ivoire est la paix.

Selon certaines personnes, la Côte d’Ivoire n’a pas besoin de réconciliation au motif que les Ivoiriens sont déjà réconciliés. Disons simplement à ces compatriotes, que nous ne parlons pas de la même Côte d’Ivoire, vue comme un Nation une et indivisible.

Dans tous les cas de figures, ceux qui comme moi, font de la réconciliation une priorité, sont la majoritaire en Côte d’Ivoire. Tous affirment que les crises à répétition ont effectivement fragilisé notre pays. Ils estiment, que les divisions nées du multipartisme ont laissé des blessures qu’il faut absolument refermer si nous voulons éviter que dans quelques années, une nouvelle crise ne vienne provoquer des morts, des blessés et des destructions graves comme nous l’avons vécu depuis le retour du multipartisme en Côte d’Ivoire.

Pourquoi sommes-nous là ce matin à parler de réconciliation, alors que rappelons-nous, en 2001, la Côte d’Ivoire a organisé un forum de réconciliation nationale qui était censé tourner les pages sombres des crises survenues entre 1959 et 2001 : Sanwi, du chat noir, du Guébié, du multipartisme, du boycott actif et du coup d’Etat militaire.

Pourquoi devons-nous parler de réconciliation quand la question a déjà fait l’objet de décisions institutionnelles avec la mise en place de la CDVR, du PNCS et de la CONARIV ?

Mesdames et messieurs,

La question de la réconciliation nationale s’impose aujourd’hui à la Côte d’Ivoire. C’est pourquoi, à la suite du Président de l’Assemblée nationale, qui, le 3 avril 2017 a invité les Ivoiriens à oser le Pardon et la Réconciliation, en tant qu’élu de la Nation, nous avons créé l’Alliance du 3 Avril qui est une plateforme de dialogue inclusif et d’initiatives citoyennes visant à attirer l’attention de tous, notamment le Président de la République, les Députés, les Magistrats, les Religieux, les Chefs religieux, sur la nécessité de fermer la parenthèse honteuse de cette crise post-électorale qui n’a que trop duré, faisant plus de mal au petit peuple qui constitue la très grande majorité de la Nation ivoirienne.

Rappelez-vous, Mesdames et Messieurs, que l’Alliance du 3 Avril avait demandé ;

au Président de la République, garant de la parole donnée par la République de Côte d’Ivoire à toutes ses filles et à tous ses fils, de privilégier toutes les initiatives utiles à la matérialisation du Pardon et de la Réconciliation entre tous les Ivoiriens ;

aux Députés de Côte d’Ivoire, de s’approprier solidairement tout processus législatif en vue d’une Réconciliation véritable, conformément à l’appel lancé par le Président du Parlement, l’Honorable Soro Kigbafori Guillaume ;

à la Justice nationale et internationale de traiter avec responsabilité, célérité et humanité, les dossiers de tous les détenus de la crise postélectorale, afin que la Paix des cœurs soit appuyée par la liberté, la dignité et la responsabilité retrouvées par tous ceux qui en sont privés depuis plusieurs années ;

à tous les médias exerçant en Côte d’Ivoire de se garder d’accentuer les déchirures entre les Ivoiriens ;

aux leaders d’opinion et aux responsables du RDR, du PDCI, et du FPI, de promouvoir le dialogue inclusif entre toutes les filles et les fils de la Côte d’Ivoire et de condamner les discours qui encouragent la division entre les Ivoiriens et font la promotion du repli identitaire au détriment de l’unité nationale ;

aux guides religieux et aux chefs traditionnels de s’engager résolument pour le Pardon et la Réconciliation en vue de consolider les acquis sociaux et démocratiques de la Côte d’Ivoire, en se débarrassant de tout parti-pris politique et en condamnant les démarches qui incitent à renforcer les divisions entre les régions de notre cher pays.

La Côte d’Ivoire doit accepter de se réconcilier. Parce que ne nous voilons pas la face, en dehors de l’ensemble des victimes civiles et militaires que nous avons connues et à qui je voudrais ici demander d’accepter le Pardon des Forces Nouvelles, auxquelles je n’ai jamais cessé d’appartenir, on ne saurait dire ici qu’il n’y a pas de groupes d’Ivoiriens moins coupables que d’autres. Il n’y pas de groupes d’Ivoiriens plus innocents que d’autres Ivoiriens.

La Côte d’Ivoire a fauté. La Nation ivoirienne a été son propre bourreau. Le pays a été victime de ses propres errements. Il y a donc lieu que la Côte d’Ivoire pardonne à la Côte d’Ivoire. Ne nous trompons pas en faisant croire que seuls ceux qui ont ou qui auraient commis en 2011 des fautes graves, méritent d’être sanctionnés, et donc d’être privés de libertés et de dignité. Ne commettons pas d’erreurs en abandonnant les victimes à leur propre sort et en croyant que tout est fini et que la crise est dernière nous.

Mesdames et Messieurs,

Pour le succès de la Réconciliation nationale, toute la Nation avec humilité doit se repentir. C’est seulement à ce prix que les Ivoiriens parviendront à se pardonner. Je reconnais que certains parmi vous ne partage pas ma position parce que je privilégie le pardon. Et pourtant, après tant d’années de crises, il nous faut ensemble accepter de tourner la page de la rancoeur. C’est pourquoi, je vous invite à écouter l’écrivain Johann Christoph Arnold pour qui « Le pardon n’a que peu de rapport avec la Justice humaine, qui réclame un œil pour un œil, ni avec l’excuse qui balaie le problème. »

Mobilisons nos forces pour trouver la porte du Pardon. Rétablissons nos relations avec nos frères qui ont ou qui auraient commis des fautes graves.

Notre pays a une histoire qui doit aujourd’hui nous servir de repères afin que nos erreurs collectives soient perçues comme les futurs interdits à ne plus jamais violer.

Chacun, à une période de cette histoire commune a été blessé. C’est donc tout naturellement que ceux qui ont ressentis la douleur ont le droit de se remémorer la source des blessures. Mais ceux qui ont été blessés, que nous appelons les victimes de nos erreurs, doivent être aidés pour éviter, à chaque occasion, de dénombrer la culpabilité de l’autre. La souffrance des victimes ne doit pas se transformer en ressentiment. La douleur des victimes doit être apaisée.

L’Etat de Côte d’Ivoire doit aider l’ensemble des victimes civiles et militaires à combattre la rancune qui les ronge au quotidien.

La Nation doit trouver des solutions définitives à ce qui s’est passé depuis 1959. Il s’agit ici de prendre en compte les souffrances de toutes les victimes ; pas uniquement celles issues de la crise de 2011, mais aussi toutes celles qui ont été blessées dans leur dignité à l’éclatement des crises survenues dès 1959 et qui ont continué dans les années 60, 70, 90 et plus récemment en 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005 et 2007.


Mesdames et Messieurs,

La Côte d’Ivoire doit pardonner. La Nation ivoirienne doit s’accorder un pardon collectif pour un nouveau départ démocratique et fraternel. Le Pardon doit être l’affaire de tous.

Au-delà du Président du Parlement, qui demande pardon aux Ivoiriens pour ses torts, c’est l’Etat de Côte d’Ivoire qui doit assumer les fautes de ses citoyens et demander Pardon à toutes les victimes des crises survenues dans notre pays, depuis des décennies.

Pardonner ne sera ni oublier, ni fermer les yeux sur les torts occasionnés par les erreurs imputables à toute la classe politique, avec comme unique victime, le Peuple ivoirien. Il n’y a que par le Pardon que la Côte d’Ivoire aura choisi de façon délibérée de mettre fin à la haine qui ronge les cœurs de ses filles et de ses fils. Car la haine constitue le premier frein aux progrès de la Nation.

La Côte d’Ivoire a les ressources pour fermer la page des crises. Il suffit d’oser le pardon et la réconciliation.

Mesdames et Messieurs,

Nous avons proposé et bientôt nous déposerons devant les Députés, plusieurs propositions de Lois qui permettront aux Ivoiriens de tourner la page. Il s’agit :

Premièrement. Une Loi instituant la Journée de la Mémoire nationale et du Pardon aux victimes.
Cette Loi, qui vise à rétablir l’honneur et la dignité des victimes des crises, prendra en compte : les conclusions et les recommandations du Forum de réconciliation nationale (FRN) de 2001, les conclusions et les recommandations du rapport de l’enquête parlementaire sur les événements du 19 septembre 2002, les conclusions et les recommandations du rapport d’enquête sur les violations de droits de l’Homme et du droit international humanitaire survenues dans la période du 31 octobre 2010 au 15 mai 2011, les conclusions et les recommandations de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR), les conclusions et les recommandations de la Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes (CONARIV).

Deuxièmement. L’Etat de Côte d’Ivoire doit demander Pardon à l’ensemble des victimes civiles et militaires de toutes les crises survenues en Côte d’Ivoire depuis 1959. Il s’agira par cet acte solennel de permettre à la Côte d’Ivoire de reconnaître et d’assumer publiquement les erreurs collectivement commises par les enfants de la Nation ivoirienne.

Troisièmement. Une Loi portant constitution d’une commission sur l’Amnistie totale et définitive. Cette loi doit permettre de faciliter la libération des détenus et le retour en Côte d’Ivoire des exilés. La commission sur l’Amnistie sera chargée d’analyser les situations des personnes en conflit avec la Justice pour des motifs militaires et politiques commis dans le cadre des différentes crises et allant dans le sens du Pardon et la Réconciliation.

Mesdames et messieurs,

Qu’en est-il de la place des victimes dans tout cet arsenal que nous proposons.
En l’absence d’une Loi fixant le cadre de règlement de l’indemnisation, il faut que la Côte d’Ivoire s’inspire des bons exemples comme celui du Rwanda en privilégiant non pas la distribution de chèques bancaires ou des espèces sonnantes et trébuchantes, mais en mettant des politiques volontaristes en places destinées à réhabiliter les terroirs d’origine des victimes par d’importants investissements destinés à créer localement des richesses et des emplois afin de garantir la prise en charge durable et définitive des victimes en vie ou de leurs ayant-droits.
Par ailleurs, s’agissant de la prise en charge des enfants mineurs des victimes au moment de la survenance des drames, l’Etat de Côte d’Ivoire a la lourde responsabilité d’en faire des pupilles de l’Etat. Cette dernière mesure vise à éviter de voir des enfants des victimes ivoiriennes abandonner le chemin de l’école faute de prises en charge, alors que les parents ne sont pas responsables de leur perte de vie.

Je voudrais m’arrêter là avec le vœu que très rapidement, notre pays tourne la page de ces crises avec la libération de tous les prisonniers politiques et le retour des exilés.

Je vous remercie »

Propos recueillis et retranscrits par Maiga Idrissa


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