29 juin 2018
EDITORIAL
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EDITORIAL
Le 29 juin 2007, jour de sacrifice de la Compagnie Soro pour la naissance de la démocratie ivoirienne

“Pour ceux qui périrent pour nos libertés, je témoignerai”

L’Editorial de Franklin Nyamsi Wa Kamerun

Professeur agrégé de philosophie, Paris-France


Chaque jour qui passe, la Côte d’Ivoire avance vers le passage de témoin d’une génération politique à une autre. Après le départ du Président Houphouët, le règne des Présidents Bédié, Guéi, Gbagbo, Ouattara, l’heure de la génération qui n’est ni celle des opposants, ni celle des héritiers de Félix Houphouët-Boigny est en train de sonner. Seuls ne l’entendent pas les sourds et les aveugles politiques. Les forces de dénégation croient prospérer sur le lit du silence des gens de bonne volonté. Mais, la stricte vérité est que la nouvelle Côte d’Ivoire qui émerge n’aura été possible que parce que des années 90 à 2000, des forces politiques nouvelles, avec fracas et au prix de moult sacrifices, ont fait irruption dans la scène politique nationale, imposant progressivement la reconfiguration du rapport des forces politiques traditionnellement en présence. Dans les années 90, c’est la FESCI qui joue le rôle de fer de lance du changement sociopolitique, aux côtés des grandes organisations syndicales et politiques de la gauche d’opposition, dont le FPI assurera le leadership jusqu’en 1995, date de naissance du Front Républicain. Mais dans les années 2000, c’est le MPCI, le MJP, le MPIGO, rassemblés dès 2003 en Forces Nouvelles de Côte d’Ivoire de Guillaume Soro, qui incarnent le fer de lance de la révolution citoyenne ivoirienne. Alors que la constitution ivoirienne de 2000 consacre l’exclusion du RDR d’Alassane Ouattara, puis du PDCI-RDA d’Henri Konan Bédié du jeu politique, l’action fort engagée par Guillaume Soro et les siens le 19 septembre 2002 va ouvrir un cycle de renégociations du système politique, en faveur d’une inclusion citoyenne radicale, successivement entérinée à Accra, Lomé, Dakar, Rome, Paris-Marcoussis, Prétoria, puis finalement dans le monumental Accord de Paix de Ouagadougou en mars 2007, qui instaure la Pax Ivoriana sous le magistère du Président du Faso, Blaise Compaoré, médiateur ultime de la dialectique ivoirienne.

Qui a donc perpétré cette tragédie ?

C’est dans cette perspective historique qu’il faut placer les événements tragiques de la journée fatidique du 29 juin 2007, qui voit de nombreux compagnons de route de Guillaume Soro perdre leurs vies à la suite de la violente attaque à la roquette, lancée par ses ennemis contre son avion Fokker 100, atterrissant sur le tarmac de Bouaké. Triste et funeste jour de gloire pour les amateurs de haine en Eburnée ! A l’époque, Guillaume Soro ayant accepté d’être le Premier Ministre de la Transition vers l’organisation des élections présidentielles inclusives prévues par tous les Accords, les rangs de ses ennemis jurés se sont fortement enrichis, voire encombrés. IL y a d’une part, les sécurocrates du régime de Laurent Gbagbo qui ne demandent qu’à avoir une occasion parfaite de l’éliminer, pour lui faire payer contre vents et marées, l’offensive du 19 septembre 2002 qui a stoppé net le processus d’exclusion politique en Côte d’Ivoire. C’est un secret de Polichinelle que de dire que le régime FPI ne renonça jamais définitivement à sa volonté d’éliminer Guillaume Soro et les siens. Mais d’autre part, on ne peut comprendre les événements tragiques de juin 2007 sans prendre note du fait qu’au cœur de l’opposition politique, et notamment de la nébuleuse du RDR d’alors, tout comme au cœur même de la rébellion ivoirienne des Forces Nouvelles, souffle un vent de sédition anti-Soro, sous le motif commun qu’il aurait trahi la cause des exclus en pactisant avec Laurent Gbagbo, au point d’être son Premier Ministre ! Plusieurs langues se délièrent ainsi parmi les Républicains ivoiriens, entre 2007 et 2010, pour accuser Guillaume Soro de double jeu. Dans ces conditions, l’attentat tragique du 29 juin 2007 s’avère incontestablement être un acte de convergences entre toutes les factions ouvertement ou implicitement ennemies de Guillaume Soro pour l’éliminer physiquement et politiquement de la marche de l’Histoire dans son pays.

Deux questions de perspectives...

Et dès lors, avec le recul du temps, on peut se poser deux questions : qu’est-ce qui se serait passé, si cette tentative d’assassinat avait ôté la vie à Guillaume Soro ? Ou encore : qu’est-ce qui s’est passé, parce que cette tentative d’assassinat a échoué ?

A la première question, répondons tout net : décapitée, la rébellion ivoirienne aurait été plongée dans une guerre fratricide entre ses clans pro-Soro, pro-Ib, pro-RDR, et même pro-Gbagbo ou pro-Bédié. Car il ne faut jamais oublier que les Forces Nouvelles comportaient en leur sein, toutes les sensibilités idéologico-politiques et toute la diversité ethnoculturelle de la Côte d’Ivoire. Le pouvoir Gbagbo aurait alors reconquis sans coup férir le Nord et mis fin à l’application des Accords Politiques incluant le RDR et le PDCI-RDA dans le jeu politique. Les Ivoiriens auraient été définitivement rattrapés par le régime de l’ivoirité, et c’en serait fait de la révolution de 2002.

A la seconde question, répondons aussi : parce que Guillaume Soro et les Forces Nouvelles n’ont pas perdu le contrôle de Bouaké et du nord, le 29 juin 2007, le plan de reconquête militaire prévu par Laurent Gbagbo resta dans les tiroirs. Les faux calculs de confiscation du Champ Politique par certains extrémistes RDR qui traitaient Soro de traître, ont tourné casaque. L’application de l’Accord de Paix de Ouagadougou s’est poursuivie mordicus. C’est ainsi que les audiences foraines, les cinq millions de pièces d’identité, les cartes d’électeurs, et les élections présidentielles inclusives d’octobre-novembre 2010 ont été possibles, permettant l’arrivée du RDR du docteur Alassane Ouattara au pouvoir. Mais mieux encore , si les Forces Nouvelles avaient été décapitées le 29 juin 2007, le RHDP n’aurait jamais eu le support stratégique nécessaire pour contraindre le régime Gbagbo, lors du duel postélectoral de 2010-2011, à quitter concrètement le pouvoir que le peuple lui avait démocratiquement retiré dans les urnes.

Voici donc pourquoi, nous, gens de plume et de pensée, sommes utiles aux démocraties africaines naissantes : pour rappeler, contre toutes les amnésies, les ingratitudes et les lâchetés, que la Côte d’Ivoire politique contemporaine ne serait pas née sans les nombreux et terribles sacrifices des Forces Nouvelles de Guillaume Soro. Les faits et archives historiques soutiennent de façon irréfragable et apodictique, cette vérité constante. Paix, Gloire et Reconnaissance à ceux qui se sont donc sacrifiés pour nos libertés et pour notre dignité ! Que le siècle des siècles, l’Amour de l’Eternel, réconcilie la Côte d’Ivoire, par-delà toutes ces douleurs d’enfantement de son Etat de droit ! Telle est notre prière ardente et virile en ce 29 juin 2018. Oui, pour ceux qui périrent pour nos libertés, je témoignerai toujours...


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