8 octobre 2017
TRIBUNE INTERNATIONALE
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TRIBUNE INTERNATIONALE
La nécessité d’une alliance nouvelle et républicaine

(Pour la réhabilitation d’une Côte d’Ivoire réconciliée,

unie, disciplinée et productive).

Une Tribune Internationale de Tiburce Jules Koffi


En près de 60 années de souveraineté, le pays a connu l’avènement de trois forces au pouvoir : le Pdci-Rda (1960-1999), le Fpi (2000-2010), et, depuis 2011, le Rdr. Le parti unique a certes eu l’avantage de nous avoir unis autour d’un chef et d’un idéal de construction d’un pays que, somme toute, nous avons su relever. Mais passé les deux premières décennies (1960-1980 qui — furent vraiment productives, et tout au plus jusqu’en 1985), ce système, reconnaissons-le, n’a fait que produire des déchets, incapable alors, qu’il fut, de se réinventer. La colère de ma génération (inspirée par celle de nos aînés et maîtres) contre ce système, s’explique par ce fait : briser le consensus et tenter des aventures nouvelles de gestion du pays, nous parut alors nécessaire, juste et bon.

1960-1990. Trente ans de parti unique. 1990-2011. Deux décennies de multipartisme. À la comparaison, les expériences nouvelles n’ont pas donné meilleurs résultats ; bien au contraire, elles ont sérieusement compromis les quelques acquis hérités des décennies antérieures, notamment la qualité de la politique de la Santé, l’Education nationale, l’Agriculture, la Sécurité, l’Environnement et le « vivre ensemble. »

C’est que nous avons, en réalité, multiplié les partis politiques sans rien changer de notre lecture de la gestion du pouvoir public. Pour tous, aussi bien les dirigeants que les administrés, l’Etat est resté, selon l’heureuse expression d’Ernest Tigori « une chose mystérieuse que les Blancs, en partant, ont oubliée dans nos pays » africains. D’Houphouët-Boigny à Alassane Ouattara en passant par Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié, le rapport de nos chefs et leurs équipes gouvernantes à l’État n’a guère varié : le sens de l’intérêt général, déjà si difficile à inculquer aux cadres sous le parti unique (permissif à souhait et peu regardant sur les faits de mauvaise gestion signés de « militants de Première heure » ou leurs fils), s’est progressivement et dangereusement altéré.

Hier, sous la dictature paternaliste du « Bélier de Yamoussoukro », c’était « Silence, on développe ! » Et gare aux contestataires et autres trublions ! Suspensions de salaire, mutations arbitraires et, dans le pire des cas, un séjour annuel et dissuasif au camp militaire (de redressement disciplinaire) de Séguéla. À la fin, vous rentrez (ou feignez de rentrer) dans les rangs, désormais instruits des capacités de répression du pouvoir Pdci-Rda ! Oui, mais aussi, désormais endurcis aux épreuves, et prêts pour le combat !

Les choses ont elles changé ? Bien sûr que non, ou plutôt oui : elles sont allées de mal en pis. Aujourd’hui, on se fait la guerre à coups de kalachnikovs et de tanks (achetés sur quels fonds ?) Aujourd’hui, on limoge, on asphyxie financièrement les contestataires, on remplit les prisons d’opposants ou de simples irréductibles (le concept cher au Bouddha de Daoukro)… sans jugement ; on tue aussi, parfois... peut-être même souvent. Et l’échappatoire le plus sûr est l’exil. Je dis : le chef ne voit-il vraiment rien ? N’entend-il rien ? Où sont passées les belles promesses de réhabilitation et renforcement de la démocratie, de la Justice pour tous, du droit citoyen, de la liberté d’expression, etc. ? Je dis encore : où est passée la Solution ? Et pourquoi le pays est-il si submergé de problèmes ?

Ah ! Amers souvenirs des promesses des temps électoraux ! Le chef tant attendu est enfin venu. Mais voici aussi les temps d’amertume et d’épouvante : ces peurs, mêmes diurnes, sur la cité envahie de microbes assassins ; ces ventres vides criant famine ! Mille et un orphelins, comme ceux de Boundy, dépossédés ! Mille et une veuves côtoyant la déchéance, au pays des élites mauvaises aux cols sales — ces fripouilles aux poches pleines et aux demeures princières offensant l’indigne misère d’un peuple en crise de sauveur ! Qui entendra mon cri dans cette aube silencieuse d’automne ? Mon cri de rage. Que de rêves fanés, d’illusions crevées !Temps des regrets ! Et le plus navrant, c’est cette éternelle chanson sur l’innocence du chef bon, mais mal entouré ! Ainsi : Bédié était bon, mais mal entouré ; Guéi était bon, mais mal entouré ; Gbagbo était bon, mais mal entouré. Alassane est très bon, mais très mal entouré ! En somme, nous n’avons que des chefs bons, mais toujours mal entourés. La vérité est pourtant si simple : de Bédié à Alassane, nous n’avons eu que de mauvais chefs encouragés par des collaborateurs à leur image ! Est-ce si difficile de dire cela ?

Chez nous, sous les tropiques, le temps passe ainsi et repasse sans modifier en rien de notre perception du Monde, malgré les changements enregistrés sur la surface du globe. Et les (rares) itinérants qui ont vu, observé et compris les raisons de nos insuffisances et qui, conséquemment, rêvent de changement et de progrès, se retrouvent disqualifiés et mis à la périphérie : en Afrique, seuls le chef-roi, infaillible, et ses sujets (corrompus et réductibles à souhait), ont droit de parlote et de scribouillages officiels. À quand la fin de ces sombres nègreries ? Cette exposition navrante et récurrente de nos tares ‘‘négritiques’’ et si chéries ?

[Une mal gouvernance en crescendo : le blues de l’État]

1960-2011. Soixante années de souveraineté. Trois partis au pouvoir, trois choix idéologiques se voulant différents, mais le même style de gestion du pouvoir d’État :

- un chef charismatique qui concentre entre ses mains tous les pouvoirs (une tare de notre Constitution) ;

- une équipe gouvernementale et de hauts cadres de l’administration publique et/ou paraétatique, souvent plus soucieux de se faire fortune de manière étonnamment délictueuse, que de se mettre au service de l’intérêt général ;

- une gouvernance sans génialité, à la botte de l’ex, mais si actuelle tutelle coloniale, et qui ne fait que recopier les tares des gouvernances précédentes (qu’elle avait pourtant furieusement décriées) ;

- une lecture patrimoniale et hautement improductive du pouvoir, consistant à placer aux commandes de l’administration générale les membres biologiques et sociaux de la tribu culturelle et politique : enfants, maîtresses, cousines, cousins, neveux et nièces, tantes et oncles, amis, etc.

Entre autres crimes de ces équipes gouvernantes, notons : la paupérisation par l’augmentation sans cesse des prix des denrées alimentaires et des produits de consommation de première nécessité (courant, eau, carburant, riz), la dégradation des services de Santé publique et du tissu scolaire et universitaire, l’altération de la qualité visuelle et urbanistique de la cité par l’insalubrité choquante. Par-dessus tout, l’étrange stabilité et longévité des animateurs politiques aux commandes : chez nous, il est facile, très facile de passer 10, 15 ou 20 ans dans les ors et grâces de la République, et souvent, au même poste ! Comme si le pays manquait de cadres compétents !

Il y a des cadres qui ont eux, trois ou quatre fonctions, toutes bien rémunérées, quand la majorité des technocrates du pays sont laissés à la touche. Leur crime : ils ne sont pas des militants ! Ou bien, « ils ne sont pas maîtrisables » — la meilleure ! Comme si un intellectuel, ou un technocrate compétent et performant, était un animal à maîtriser, domestiquer et soumettre ! Une minorité de cadres du pays, militants farouchement serviles, sont dans de hautes fonctions étatiques depuis pratiquement plus de deux décennies, incapables qu’ils sont, de se prendre en charge par création d’activités lucratives privées. Et c’est à ces gens-là que le chef de l’État n’hésite pas à confier les destinées sociales et économiques du pays ! Vous avez dit « bientôt la croissance à deux chiffres ? » Appauvrissante et sempiternelle récitation aux accents de puérile incantation ! « Croissance à deux chiffres », quand le peuple n’en finit plus de gémir de souffrances indignes et inacceptables !

Incompétences, mystification, cécité, technocratie dépassée et inadaptée ? Il y a un peu de tout cela dans cette obsession d’une croissance à deux chiffres comme indice de mieux-être quand, du fond sombre du tableau,parvient, aux oreilles de tous, les hurlements entêtés d’une misère générale, insensée et inacceptable ! Je le redis : le chef ne voit-il vraiment pas cela ? N’entend-il vraiment pas tous ces murmures et signes de mécontentement généralisé ?

Sur le plan relationnel, les rapports entre les trois partis dominants du pays sont des plus mauvais : l’axe Pdci-Rdr a fini de montrer ses limites. Passés les temps euphoriques de l’énigmatique « Appel de Daoukro », la réalité du terrain politique en appelle aujourd’hui à une revisite (accompagnée de révision aux accents de révisionnisme de part et d’autre) de cet accord. Au centre de la querelle politicienne, la mesquine et éhontée question de l’alternance. Le Pdci-Rda et le Fpi, qui auraient dû s’unir pour constituer une force d’opposition au Rdr, ne le peuvent. Un fleuve agité de sombres méfiances freine tout élan de collaboration entre ces deux structures politiques : le parti de Laurent Gbagbo traîne sur lui une odeur infecte de parti de roublards, donc de gens sans parole et duquel se méfient, sans doute avec raison, le Pdci. Le Fpi lui, a peur du caractère hégémonique du Pdci-Rda. Inutile de penser à la probabilité d’une alliance Fpi-Rdr ! « Dagnrin ! — par le sexe de ta mère ! », hurleraient, hystériques et scandalisés, les Bhétés. » Dans la formule la moins inélégante, ils diraient : « Gniayé — Ma mère ! ») Oui, « Gbagbo ou Rien : GOR ! » Cela veut tout dire, mais ne dit rien… de bon !

Sur le, plan organisationnel, le Fpi a du mal à retrouver cette unité et ses capacités de mobilisation qui firent sa force. L’élixir magique Gbagbo a généré les GOR (Gbagbo ou Rien), troupeaux de militants fanatiques sans esprit critique et butés dans l’attente d’un Messie incarcéré à La Haye ! Sur la place républicaine et libre, la bataille entre les SOR (Sangaré ou Rien) et les AFOR (Afi ou Rien) est loin de s’éteindre, même si la tendance est à la recherche (enfin !) d’une ligne médiane. C’est une position sage… qui tarde toutefois à s’affirmer.

Le Rdr semble avoir renoncé à être un vrai parti politique ; tant, au regard de son actualité, l’historique Rassemblement des Républicains de Djéni Kobina a confirmé son option suicidaire : se convertir en une secte politico-cléricale où l’on célèbre, dans l’ivresse d’une étrange liturgie, le culte d’un chef décrété successeur de Dieu par la parole de Soumahoro son Secrétaire général, métamorphosé, pour la circonstance, en prophète ! Ici, les structures classiques de décision d’un congrès (rapports des commissions, votes démocratiques exprimant le point de vue des bases par leurs délégués, etc.) n’existent plus. Le Chef-Dieunomme, dégomme, décide, ordonne et ordonnance tout, sans aucune réserve, moins encore de contestation. Dangereuse métamorphose ! Vous avez dit « républicains ? » Les actes de gouvernance discutables que les uns et les autres décèlent dans la conduite des choses de l’État, trouvent là, une bonne part de leur origine et explication.

Dans tous les cas, chacun de ces partis politiques a exercé le pouvoir d’État ; et la grande majorité des Ivoiriens a eu l’opportunité de mesurer leurs limites et lacunes ; ce sont, tous les trois :

- des partis démographiquement ethniques, idéologiquement ‘‘ethnicistes’’, dictatoriaux etclaniques ;

- des partis de gens violents (le Fpi et le Rdr) ;

- des partis animés par des cadres dotés d’un sens très approximatif de l’intérêt général — cette conscience de la nécessité de protéger le bien public ;

- des partis avides de pouvoir, et qui considèrent l’Etat uniquement comme un gâteau à se partager entre militants ; toute chose qui explique la mauvaise gestion qui a signé (et signe) leurs passages respectifs à l’Exécutif et donc, délégitime leurs présentes aspirations et prétentions à diriger les Ivoiriens ;

- pis, ce sont des organisations sclérosées et hautement responsables de la déchéance du pays.

Voilà donc comment se présente l’échiquier politique ivoirien : le roi et la reine ont figé toutes les autres pièces ; les Chevaliers sont sans armatures ni armures ; les Tours de garde sont sans observatoire, et les Pions, sans tête ! Il n’y a même plus de Fous pour assurer la transversalité des frappes — la parole contradictoire. C’est un échiquier muet et triste. Le couple royal peut donc dire à tous (adversaires aussi bien que partenaires) : « Échec et mât ! » Oui, on peut l’affirmer : les partis politiques dominants, en Côte d’Ivoire, ont déçu les attentes du peuple. C’est là un avis largement partagé de tous les Ivoiriens, y compris même les chefs de partis. Que faire pour donner une onde d’espoir à ce pays ?

Prochainement. « Former un bloc nouveau : des Forces nouvelles aux nouvelles Forces ».

tiburce_koffi@yahoo.fr


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