26 avril 2018
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Guillaume Soro depuis Fresco : « La Réconciliation, c’est la seule bataille qui vaille la peine d’être menée »

« Je veux que les Ivoiriens soient réconciliés et que tous ceux qui sont en prison retrouvent leurs familles et qu’on se mette ensemble, victimes et bourreaux pour travailler pour le développement de la Côte d’Ivoire. C’est la seule bataille qu’il faut qu’on gagne. »


De larges extraits du message de Paix et de Réconciliation du Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, SEM. Guillaume Kigbafori Soro, en visite d’amitié, ce mercredi 25 avril 2018, à Fresco chez son frère et ami, le député Alain Lobognon Agniman :

« (…) La guerre ce n’est pas une bonne chose mais il faut que tout le monde accepte de venir demander pardon. Moi, je dis que faire la guerre ce n’est pas une bonne chose. C’est parce que ce n’est pas une bonne chose que je viens pour demander pardon (applaudissements). Et quand je viens pour demander pardon, d’autres personnes pensent à tort que demander pardon, c’est faire preuve de faiblesse, mais non !

Je ne suis qu’un être humain, pourquoi je ne demanderais pas pardon ? Le pardon, ça vient de ceux qui ont compris le sens de ce qu’ils sont en réalité avec humilité. Sinon, toi tu es qui pour ne pas demander pardon ? On est que poussière et donc il faut qu’on demande pardon. Et je suis venu… les chefs vont nous aider à demander pardon pour essuyer les larmes des uns et des autres. Parce que le pardon guérit, le pardon libère, le pardon soulage. Sinon la guerre, depuis que le monde est monde, il y a toujours eu des guerres partout dans le monde. La Côte d’Ivoire n’est pas le seul pays qui a connu la guerre. Les religions elles-mêmes ont fait la guerre. Dans l’Eglise, il y a eu la guerre sainte, dans la religion musulmane il y a eu aussi la guerre. Pourtant ce sont ces religions qui nous enseignent la paix, la force de la paix, de l’amour. Certes la Côte d’Ivoire a connu la guerre, mais avant la Côte d’Ivoire, le Rwanda a connu la guerre, plus meurtrière que celle de la Côte d’Ivoire. Mais eux, ils ont accepté de pardonner et ils ont avancé. C’est pourquoi je pense que nous ici en Côte d’Ivoire, nous devons accepter de pardonner ; mais ceux qui aiment la guerre et qui ne veulent pas pardonner et qui veulent demeurer dans la guerre, je les invite à engager une autre guerre, la guerre de la réconciliation, la guerre du pardon et de la paix (applaudissements). C’est celle-là qui mérite d’être menée aujourd’hui. Et c’est pourquoi je m’adresse à chacun et à chacune d’entre vous. Vous êtes importants pour la Côte d’Ivoire ; ce que vous dites est important, c’est à vous d’aller en parler. Et même mieux, dans nos traditions, chez nous les Sénoufos, la place du pardon a toujours été prévue. J’étais jeune élève et je m’en souviens à Ferké. Vous savez que nous les Sénoufos, sommes en alliance avec les Yacouba. Un jour un douanier Yacouba, par mégarde a cogné un enfant qui est malheureusement décédé à la suite de cet accident. Les populations sous le choc sont sorties pour lyncher le douanier. Lorsqu’il s’est présenté, les gens ont découvert que c’est un Yacouba. Ils ont dit ‘’ bon, c’est un Yacouba, c’est notre esclave, on ne peut donc pas se porter mains.’’. Ils se sont ensuite rendus chez le chef du village, qui leur a répondu ceci : ‘’c’est son propre enfant qui est mort, donc il n’y a pas de problème ; il n’a qu’à envoyer un poulet et c’est fini’’. Voilà la place du pardon dans nos cultures à travers le jeu des alliances. Un enfant a été tué mais au nom du pardon, on a laissé tomber, il a offert un poulet en guise de sacrifice et on a mangé et on a fêté.

Alors, si déjà nos cultures, nos traditions ont prévu la place du pardon, je ne vois pas pourquoi nous n’allons pas insister la-dessus. C’est pourquoi je vous demande à vous de vous mettre avec moi pour qu’on sensibilise la Côte d’Ivoire. Parce que tant que, et je m’adresse aux chefs, tous les Ivoiriens de l’Est à l’Ouest, du Nord, du Sud et du Centre, tant que tous ces Ivoiriens ne vont pas se considérer comme des frères et sœurs, nous ne réussirons pas à relever le défi du développement. Il faut que nous tous, nous sachions construire la nation et que nous nous acceptions nous tous ; que nous acceptions que cette terre de Côte d’Ivoire est la terre de nos ancêtres. Et que nous avons tous, les mêmes droits du fait que nous sommes tous de cette terre de Côte d’Ivoire. C’est à cet exercice que je vous invite.

En ce qui me concerne, je m’appelle Georges Godo (c’est le nom que vous m’avez donné non, ou-bien vous m’avez blagué ?), je suis de Fresco et donc je n’ai pas de problème. J’aimerais vraiment que mon message de réconciliation soit compris. Je demande aux uns et aux autres qui ont souffert de pardonner et d’avancer. Et je continuerai de chanter ce message.

Chaque fois que je parle de réconciliation, les gens se disent mais pourquoi il parle de réconciliation. Moi, je suis légitime et légitimement fondé à parler de réconciliation parce que j’ai été un acteur dans ce pays. Au nom de cette réalité, je revendique la réconciliation parce que c’est par la réconciliation que tous les prisonniers seront libérés (applaudissements). Et puis dans la réconciliation, il n’y a pas de préalable. Non ! On se réconcilie librement et volontairement. Je dis si nous tous, on accepte d’aller à la réconciliation mais tous les problèmes seront réglés. C’est ceux qui ne sont pas en prison qui crient chaque fois haut et fort qu’il n’y aura pas de réconciliation. C’est parce qu’ils ne sont pas en prison, sinon quand tu es en prison là, tu cherches à sortir. Mais toi, tu es en ville ici, tu manges ton foutou, tu y ajoutes ensuite ta bière, et puis tu dis non, on ne veut pas de réconciliation ici. Ah bon, pourquoi on ne fait pas de réconciliation alors que des gens sont en prison.

Moi, j’ai fait la prison et je sais ce que c’est que la prison. Moi qui suis arrêté devant vous-là, j’ai fait beaucoup de prisons ici : j’ai fait la Maca, j’ai fait la DST, j’ai fait l’école de Police ; j’ai fait la préfecture de police, j’ai fait la Sûreté. Il y a prison dans tous ces endroits-là, même au palais de justice. Quand on est dans ces endroits, on a envie de sortir. Ceux qui disent qu’on ne veut pas Réconciliation, quand tu es en prison, ça t’énerve et tu dis dans ton cœur : ‘’ils n’ont qu’à se taire là-bas ils vont nous libérer ici’’ (rires). Ou-bien, mais ceux qui ne veulent pas de la réconciliation, ils n’ont qu’à aller prendre la place de ceux qui sont en prison. ‘’Si tu ne veux pas réconciliation, propose aux autorités de prendre la place d’un prisonnier’’.

Quelquefois je dis à des amis, vous savez pour diriger un pays, il faut avoir fait un peu de prison, comme ça tu sauras ce que c’est que la prison. En tout cas, prison ce n’est pas bon. C’est pourquoi, moi aujourd’hui, je me lève pour dire que je veux la réconciliation, je veux que les Ivoiriens soient réconciliés et que tous ceux qui sont en prison retrouvent leurs familles et qu’on se mette ensemble, victimes et bourreaux pour travailler pour le développement de la Côte d’Ivoire (applaudissements nourris). C’est la seule bataille qu’il faut qu’on gagne.

Je suis venus inviter Fresco, voici le message que je suis venu pour livrer, voici la parole que je suis venu vous dire. Et pour clore mon propos, je voudrais encore réitérer, renouveler ma gratitude. Je suis très très content d’être à Fresco, je suis très heureux d’être à Fresco. Je vais faire ces jours ici avec vous. Et je vais sillonner le département pour voir et connaître Fresco ; visiter les villages parce que j’aime le village. Moi-même je suis un fils de villageois ; au village, les gens sont sincères. Quand tu regardes les visages, tu le sens. Mais à Abidjan là-bas, il y a beaucoup d’escrocs. Il te ment, il n’y a pas de sueur sur son front, et tu penses qu’il te dit la vérité alors qu’il est en train de te mentir droit dans les yeux.

Au village, les gens sont plus sincères, c’est plus fraternel, vous êtes plus vrai, c’est pourquoi je suis là. En tout cas merci de m’avoir accepté chez vous, de m’avoir adopté chez vous, de m’avoir accueilli chez vous.

Vive Fresco, vive la Réconciliation, Vive la Côte d’Ivoire, je vous remercie.

Propos retranscrits par Louis Konan


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