28 mai 2018
EDITORIAL
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EDITORIAL
Du travail, du pain, de l’eau et du sel pour tous !

L’éditorial de Mamadou Djibo, Ph.D

Philosophy

Je dédie cet éditorial aux citoyens de Bouaké qui manquent d’eau. Du courage, Monsieur le Maire, cher cousin Youssouf N. Djibo


Les débats sur le lancement d’un RHDP unifié rassemblant les partis de l’héritage du Président Houphouët-Boigny, reçoivent, chaque jour, leur embellie et leur déconfiture. Le PDCI-RDA, l’ex maison commune, est tiraillée entre les pourvoiristes, cette tendance minoritaire et en rupture avec les attentes militantes de la base électorale du parti et les tenants de la ligne des traditions ancrées sur les ordonnancements du vieux parti et la fidélité tant au Père fondateur qu’à la modernité des revendications citoyennes. Le fait massif est que les mouvements de revendication citoyens surgissent sur la scène démocratique ivoirienne de façon consistante et irréversible. Il suffit de regarder l’engouement des victoires des listes indépendantes, phénomène transversal pour toutes les trois grandes formations politiques ivoiriennes : PDCI-RDA, le RDR et le FPI. Les retouches et nominations à la marge n’y peuvent rien. L’horizon d’attente, ultimement, ce sont les convergences citoyennes autour d’une forte personnalité comme Guillaume Soro pour les échéances de 2020. Les convergences citoyennes transversales vont sûrement le désigner voire le réquisitionner. Le réquisitionner comme candidat et lui opposer la discipline ivoirienne qui épèle la devise nationale. C’est dire l’attente populaire !

Le vieil ordre politique issu de l’ère houphouëtiste et post-houphouëtiste semble essoufflé. Certes, les listes des convergences citoyennes ne sont pas exclusives au processus de transition démocratique ivoirienne. Quiconque a suivi les dernières municipales en Tunisie, verra des similarités frappantes. Ces listes disent quelque chose de la fatigue des vieux partis politiques dirigés par les collaborateurs ou opposants du visionnaire Houphouët-Boigny. Mais il y a aussi et surtout, la fenêtre d’opportunité ouverte sur le renouvellement des générations, une brèche dans les citadelles des profils politiques de l’Indéboulonabilité chantée, çà et là. Un air d’aggiornamento ! Ce charmant mot issu du Concile Vatican II de 1962. S’il se confirme, il pourrait signifier une vitalité démocratique puisque les citoyens de la rotation générationnelle et politique tout en vivant une désillusion de l’offre politique, se mobiliseraient autour d’un destin politique pour ainsi relever le taux de participation. En un mot comme en mille, les optimismes sereins ne sont plus de mise au sein des formations de la société politique ivoirienne à la veille des échéances capitales de 2020. Les questions ritournelles posées sur la liste électorale mince, l’organe en charge des élections et le chef de cet organe, révèlent la demande de transparence, d’équité, de crédibilité du scrutin en vue d’autant plus qu’il est établi que ces éléments conjecturaux peuvent vite être convertis en germes confligènes. La Côte d’Ivoire revient de loin. Elle est convalescente. Elle cherche avec Guillaume Soro la réconciliation des enfants de la nation. Il faut donc rendre improbable toute déflagration pour le bien de tous et de l’Afrique. Non pas pour la multiplicité des candidatures. Elle est induite par essence par le processus démocratique et la Constitution ivoirienne. Mais surtout, pour obtenir l’apaisement des cœurs, la réconciliation, cultiver la confiance dans le processus électoral en rompant avec les enflures opaques et profils contestés pour ainsi dire, dépouiller ce rendez-vous populaire du polemos émergeant. Adieu les egos exhibés par les faucons contre les hommes forts de retour !

1. D’abord, il y a le fait incompressible que nous sommes très loin du moment où le Président Bédié lançait le slogan du parti unifié PDCI –RDR. Aujourd’hui le Président Ouattara le baptise le RHDP unifié. La sémantique a son importance. Bien nommer les choses est le début du bon chemin. Le réellement vécu est qu’il s’agit d’une « Vérité dans un temps, erreur dans un autre » écrit Montesquieu dans les Lettres Persanes. Une image bucolique de l’avenir glorieux des Houphouëtistes qui se remplaceraient au pouvoir comme le Parti Révolutionnaire Institutionnel mexicain pendant près de 70 ans. Une éternité en politique ! Une offre qui ravalerait alors le RDA au rang de relique. Or, précisément, les nouvelles générations jurent que seule l’advenue de la réconciliation, la fin des haines dérisoires, la fin des monopoles gérontocratiques sied. Et que le combat contre les inégalités et la précarité de la condition générale des Ivoiriens et Ivoiriennes, soit mené avec une implacable répression de la corruption, du clientélisme et autres désinvoltures bureaucratiques. Une revendication citoyenne pour l’égalité, la fin des servitudes, la reconnaissance de l’effort de chacun et le partage pour tous, une tradition qui renoue avec les traditions du RDA des années 1940, à s’y méprendre. Bref, du côté de la base, la moue populaire en grogne, attend qu’aucun fait politique, de gestion ou de décision centrale, ne soit exonératoire de responsabilité et donc de redevabilité. Et du côté du champ politique, la nouvelle dénomination offerte par le Président Ouattara, semble perçue, à tort ou à raison, comme le cheval de Troie pour réduire, le Président Houphouët-Boigny et son héritage, au rang de relique.

a. Le philosophe s’émerveille et pose alors la question urgente : est-ce bien l’obsolescence de l’homme Houphouët-Boigny mise en scène voire programmé ? Pourquoi tant de jeux surprenants de contorsion voire ces traits schizoïdes des prises a priori de posture ?

b. Les tenants du parti unifié, PDCI-RDR ou RHDP unifié, grand marché politique unifié, argumentent que c’est surtout pour le souci de la stabilité que le parti unifié est un impératif de premier ordre. Elle est certes grandiose l’unité politique, prélude de l’unité de la nation.Mais ne s’obtient-elle pas au prix d’une maturation ? Toute réalité que le visionnaire Houphouët-Boigny nommait, l’intelligence du moment politique.

2. Ensuite, la fin de cette offre politique bucolique du PDCI-RDR du Président Bédié et les conjectures et autres tohu-bohu sur le RHDP unifié vs RHDP, marque le bruissement de la convergence des éveils citoyens pour la vraie relève politico-générationnelle. Il s’ensuit que le marché politique ivoirien est jonché de débris divers comme le vieux Kant disait de la métaphysique, jonché de cadavres : débris de la parole publique ou privée, farce plate, insolite comme modalité de l’offre politique, frénésie et au pas de course comme si ce marché politique était désormais régulé sur l’hypercompétitivité qui réduit les acteurs au rang de simple gadgets ânonnant le oui-dire ou pratiquant le silence magnifique. Les Akan disent que parfois, il faut savoir que le silence est plus beau que les énonciations torrentielles baveuses. Les contorsions sémantiques semblent donc le reflet des contorsions démiurgiques, çà et là. Il faut en sortir !

3. C’est pourquoi, il urge d’aller au leadership de coalition qu’incarne le Président Guillaume Soro Kigbafori. Donner quitus aux forces de l’opposition démocratique pour qu’elles s’épanouissent au moyen de leurs actions politiques dans la confiance et la convivialité fraternelle. Un gage de stabilité et de retrouvailles au sein de la Nation. D’où la nécessité de la réconciliation et du pardon pour aller à l’essentiel : S’émanciper des rancoeurs, des haines thésaurisées, des sentiments d’injustices récurrents, du plein retour au capitalisme de redistribution comme au temps Houphouëtiste. Ensuite, pour le leader trans-générationnel, Guillaume Soro Kigbafori, il s’agit de donner une chance à la paix et de permettre à tous, de développer son projet de société, d’avoir l’assurance que, la réconciliation aidant, chacun traduise conformément à ses talents, désirs et volonté, son appartenance à la Côte d’Ivoire et à l’Afrique du progrès social pour tous. Ceux qui pensent que le Président Guillaume Soro a été obligé de faire tapisserie durant le Congrès extraordinaire du RDR se méprennent gravement sur les vrais enjeux de cohésion et de participation citoyenne. Refuser le mano a mano stérile avec les candidats putatifs de 2020 est induit par la sagesse du moment. Pour autant, les petits arrangements entre amis ne sont pas le durable fil conducteur de la vie politique démocratique de la Côte d’Ivoire. Faire front aux défis de l’heure, c’est rassembler toutes les énergies citoyennes pour une vraie alternative. La participation du Président Guillaume Soro, cadre éminent et militant de base du RDR au Congrès extraordinaire s’inscrit dans ce triptyque.

4. Un moment marqué par l’apaisement, la sagesse procédurale et l’esprit conciliant pour donner une chance à la relève générationnelle démocratique et tranquille. Il est constant que celui qui veut aller loin doit éviter de s’occuper du traitement des effets puisque ce faisant, il abandonne les causes. Une espèce de diplopie prisonnière de l’immédiat !

Il est aussi de plus en plus clair que le jeunisme exubérant gagne contre les ordonnancements des aînés. Les indépendants remportent les scrutins crânement, contre les diktats.

5. Les écosystèmes politiques ivoiriens sont dans un cycle de reconfiguration. Nous sommes au seuil d’un nouveau jour démocratique. « Nous sommes conscients que la route vers la liberté n’est pas facile. Nous sommes conscients qu’aucun de nous ne peut réussir seul. Nous devons donc agir ensemble comme un peuple uni, vers une réconciliation nationale, vers la construction d’une nation, vers la naissance d’un nouveau monde. Que la justice soit la même pour tous. Qu’il y ait du travail, du pain de l’eau et du sel pour tous. Que la paix existe pour tous. Que chacun d’entre nous sache que son corps, son esprit et son âme ont été libérés afin qu’ils puissent s’épanouir. Que jamais, jamais et jamais plus, ce pays magnifique ne revive l’expérience de l’oppression des uns par les autres, ni ne souffre à nouveau l’indignité d’être le paria du monde. Que la liberté règne. Que le soleil ne se couche jamais sur une réalisation humaine aussi éclatante !

Que Dieu bénisse l’Afrique !"

Nelson Mandela, Discours d’investiture, 10 mai 1994.


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