13 avril 2018
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Depuis Diawala, Guillaume Soro : « Nous pouvons nous réconcilier et nous devons nous réconcilier »

« Je termine mon propos sur une note adressée à Dieu. Nous sommes tous venus ici dans cette cour de la mosquée. Ma prière à Dieu, c’est d’ouvrir le cœur, les esprits de tous les Ivoiriens, au-delà de la Côte d’Ivoire des Africains pour accepter et pour faire comprendre à chacun, que nous soyons du Nord ou du Sud, de l’Est, de l’Ouest, du Centre, nous sommes d’abord et avant tout des frères et des sœurs . Et qu’en tant que tel, frères et sœurs nous devons vivre en harmonie dans la paix et surtout réconciliés. Voici la prière que j’adresse à Dieu en ce vendredi saint. Je vous remercie. »


Le Président de l’Assemblée nationale, SEM. Guillaume Kigbafori Soro, parrain ce vendredi 13 avril 2018 d’une cérémonie d’inauguration d’une nouvelle mosquée baptisée ‘’Masdjid Salam‘’ qui signifie la Paix, a saisi cette lucarne pour monter d’un cran son vœu ardent de voir ses compatriotes se réconcilier et se pardonner mutuellement. Devant les imams et les fidèles musulmans de DIawala, il a réitéré la main sur le cœur, ce vendredi saint jour de prière musulman, son message de paix à toute la Côte d’Ivoire.

Ci-dessous son discours intégral :

- Monsieur le Préfet par intérim de Ouangolo,

- Mesdames et messieurs les membres du corps préfectoral,

- Cher collègue Oulla Privat, vice-président de l’Assemblée nationale,

- Alhadji Konaté Sidiki , député,

- M. Sanogo Mamadou, député de Diawala / Niéllé,

- Messieurs les députés et chers collègues ici présents,

- Monsieur le Président du Conseil Régional du Tchologo,

- Monsieur le Maire de Diawala, cher ami, cher frère,

- Mesdames et messieurs les élus, J’ai vu le maire de Ouangolo et de Niellé ici présents,

- Monsieur le Président de la Mutuelle des cadres de Diawala,

- Mesdames et messieurs les directeurs et chefs de service,

- Honorables chefs traditionnels,

- Distingués chefs religieux mesdames et messieurs,

Alors, je vois que mon chef de cabinet Toh Marc m’a écrit un long discours mais je suis ici à Diawala, et permettez-moi, Monsieur le Préfet, d’adresser mes premiers mots à mes papas qui sont là ; à mes mamans qui sont ici, au chef du village qui est là. Je vous salue et je vous dis merci de m’avoir reçu ici à Diawala.

Vous savez, c’est curieux, quand je suis arrêté comme ça ici dans cette cour, des souvenirs me remontent ; des souvenirs de mon père et de ma mère. Mon père Clément que, à l’époque, le village avait adopté comme fils. Je vois mon papa Sicobê qui est là, le vieux Sicobê. Est-ce que vous savez que notre cour se trouve quelque part ici où se trouve actuellement la mosquée. En 1974 nous habitions dans la cour ici, dans cette cour où se trouve la mosquée. Et je me souviens, on se promenait ici dans le quartier. On avait pour voisin le vieux Sicobê qui était très ami à mon père. Donc je me retrouve ici et je me souviens, l’école primaire qui est juste en face, après le goudron, avec Emile Doka, qui était le directeur. Parce que mon père a été affecté ici une première fois, d’abord à Kofiplé où je suis né, et puis il est venu s’installer ici. Et quelqu’un l’a dit, c’est ici que j’ai fait mon enfance. Quand on m’a dit qu’on construisait la mosquée et que la mosquée se construisait dans un lieu où nous avons grandi, où on a vécu, ça ne peut être que, chers imams vous en conviendrez, très émotionnel pour moi.

Je suis donc heureux d’être là pour l’inauguration et pour l’installation de l’Imam de cette mosquée. Il y a même trop de coïncidences aujourd’hui. Parce que je viens d’apprendre que l’Imam est mon parent, je ne savais même pas. C’est mon beau, il a épousé la fille de mon cousin Douyéri donc beaucoup de coïncidences.

Mais cette Mosquée me rappelle un de mes petits frères, Lamine Sanogo, défunt maire de Diawala. Non seulement ça me rappelle Lamine Sanogo parce qu’il était venu me voir pour me dire qu’il voulait entreprendre l’œuvre gigantesque de construire la mosquée. Naturellement, je l’avais encouragé mais ça me rappelle aussi un de mes amis et frères, Lambert Coulibaly, lui aussi décédé, qui était le Daaf de l’Assemblée nationale. Je me souviens encore, Lambert est venu me voir pour me dire : ‘’Guillaume, Sanogo a entrepris une œuvre, il faut qu’on l’achève. ‘’. Je crois qu’il s‘est mis en rapport avec Youssouf Sicobê, mon ami, mon promotionnaire, l’actuel maire de Diawala, on a grandi ensemble. Mais lui quand on était très petit, il était déjà très grand (rires).

Diawala, comme je l’ai, j’ai grandi ici, j’ai reconnu des visages, je reconnais Amidou qui est là. Donc c’est chez moi, je me sens au village et je suis content d’être là. C’est parce que très souvent le temps nous manque mais je me souviens qua Lamine m’avait dit qu’il m’a donné un terrain pour construire mais je ne sais pas si Issouf Sicobê a pris le terrain pour lui-même. Ou bien, si le terrain existe, Konaté, on va construire notre maison ici pour qu’on y vienne régulièrement pour se reposer ici. (Applaudissements)

Donc Populations de Diawala, je vous salue, je vous remercie parce que je sais que toute la Côte d’Ivoire sait que je suis fils d’ici. Parce que c’est le sous-préfet de Diawala ici présent qui signe jusqu’à ce jour mon extrait de naissance. Je suis de Diawala, Kofiplé étant mon village natal parce qu’étymologiquement quand on dit village natal, c’est le village où tu es né. Maintenant, mes parents sont de Ferké et natif du Village de Lafokpokaha. C’est cela non Cardosi ? Apres j’ai grandi à Niéllé. Le député de Niéllé et moi avons fait l’école primaire ensemble mais, eux étaient un nos grands frères à l’école primaire. C’est pourquoi, je suis très heureux d’être là.

Je vous l’ai dit, c’est important, je parle sous la couverture du Préfet et du Sous-préfet ici présents, la cérémonie que nous faisons aujourd’hui est une cérémonie importante puisque nous sommes en train de parler de Dieu. Dieu qui est au-dessus de tout, omnipotent, omniscient. Qu’est-ce que le monde serait sans les religions ? Je n’ose même pas imaginer parce que ce serait la jungle, ce serait l’enfer. Les religions sont là pour envoyer de la fraîcheur, de la pondération, de la tempérance dans nos sociétés. Parce que toutes les religions révélées ont des points communs, un dénominateur commun. On nous dit de faire le bien, de ne pas faire du mal, de ne pas voler, de ne pas mentir, etc. Donc la religion est importante et moi que vous voyez, je suis un croyant. Nous sommes tous des croyants. Il faut croire que Dieu existe. Naturellement le Préfet me dira que nous sommes dans un Etat laïc. Effectivement, la laïcité de l’Etat permet que les religions s’exercent dans la liberté pour renforcer et consolider dans une harmonieuse complémentarité l’ordre, la Paix et la Réconciliation. C’est pourquoi je suis content que cette mosquée soit dénommée la Paix et que je sois invité pour parler de la Paix. Aujourd’hui, je l’ai déjà dit dans plusieurs discours ; je dis toujours qu’il y a un moment pour se fâcher, un autre pour faire la guerre ; il y a un moment pour s’accorder le pardon et il y a un moment pour faire la Réconciliation. Le moment où on se fâchait là, quand tu te fâchais personne ne s’en plaignait ; mais au moment où vient la réconciliation, il faut que tout le monde s’y mette et fasse la Réconciliation. Mais il y a certaines personnes au moment où on veut faire la Réconciliation qu’ils veulent échauffer leurs muscles. Ce n’est plus le moment, et la religion est importante parce qu’elle recommande la Paix. L’Islam c’est d’abord et avant tout la paix.

Même si je n’ai pas lu tout le Coran, le ministre Konaté tous les jours me chantent dans les oreilles parce qu’il est devenu Alhadji Konaté (rires). Il me chante tous les jours les vertus et les fondamentaux de l’Islam. L’Islam est une religion de Paix. Et donc cette mosquée ici va renforcer la paix à Diawala. Et moi je suis venu vous dire, il faut que chacun prenne son bâton de pèlerin pour la Réconciliation. C’est pourquoi je voudrais féliciter ici le Préfet. Hier ils ont eu à rencontrer le Président ; c’est le corps préfectoral qui connait mieux la situation sur le terrain ; c’est le corps préfectoral qui est dans le village, qui visite le campement, les hameaux. Vous connaissez la Côte d’Ivoire mieux que nous, parce que c’est vous qui vivez avec les populations au quotidien, donc ce que vous nous dites, nous devons vous écouter. Hier, le corps préfectoral a dit au Président de la République qu’il faut faire la réconciliation. Ils ont même dit qu’il faut libérer les prisonniers politiques, qu’il faut faire le dégel pour que la Côte d’Ivoire aille dans le sens de la Paix et de la Réconciliation. S’ils le disent, c’est parce qu’ils le vivent au quotidien. Donc, notre rôle à nous c’est de les écouter sinon pourquoi avoir des préfets et des sous-préfets ? Si ce n’est pour nous remonter les informations. Alors en ce vendredi saint où nous sommes ici dans l’espace de cette mosquée, je veux que tous ceux qui sont ici, nous faisons le vœu, le serment de servir la cause de la Paix et de la Réconciliation en Côte d’Ivoire. Je demande aux Imams, je vous demande avec insistance de prier pour la paix en Côte d’Ivoire. Priez pour que la Côte d’Ivoire soit un pays réconcilié. Et nous pouvons nous réconcilier et nous devons nous réconcilier. Vous avez vu, j’ai fait venir à l’Assemblée, la Présidente de l’Assemblée nationale du Rwanda. Au Rwanda, elle a dit qu’en 100 jours, il y a eu un million de morts. Chez eux là-bas, en 100 jours, il ya eu un million de morts. Mais ils se sont réconciliés, ils se sont pardonné. Mais chez nous grâce à Dieu, grâce à vos prières, à vos bénédictions, il n’y a pas autant de morts comme au Rwanda. On n’épiloguera pas sur les chiffres de 3000 morts comme annoncé, mais si la guerre au Rwanda a fait un million de morts et qu’ils se sont pardonnés, mais nous aussi, nous pouvons nous pardonner.

Les Imams, je vous demande la Réconciliation, la Paix, l’Amour en Côte d’Ivoire et c’est ce combat que je suis en train de mener. Quelquefois, j’ai l’impression que je suis en train d’aboyer tout seul, parce que je le dis et les gens me regardent ébahis. Mais s’il y a bien une personne bien placée pour parler de la Réconciliation, de la Paix, de l’Amour, c’est moi, parce que moi j’ai vu ce que c’est que la guerre. Moi, j’ai vu des gens mourir à côté de moi, je n’ai plus envie de ça, c’est pourquoi je parle de Paix et de Réconciliation. Mais ceux qui sont là, qui disent ‘’ on ne veut pas réconciliation’’, ils n’ont jamais vu une balle siffler. C’est à la télévision, ils entendent dans les films westerns où on se tire dessus. Ils s’amusent avec la Réconciliation. Mais quand quelqu’un comme moi, tu es dans un avion et puis on tire et tu vois les gens mourir à coté de toi ; ou bien, tu es sur le front et tu vois les gens mourir, tu vois la vie quitter dans leurs yeux ; quand tu sors de là, tu parles de Paix, tu parles de Réconciliation.

Donc tous ceux qui m’accusent là, il faut qu’ils sachent que je parle de Paix, de Réconciliation parce que je ne veux plus que la guerre existent encore en Côte d’Ivoire, c’est pourquoi je veux la paix ; c’est pour ça je veux la paix dans mon pays (applaudissements). Et quand je dis, il faut demander pardon ; les gens se disent ‘’ si Guillaume demande pardon, il demande pardon pour quoi : donc ça veut dire que c’est lui qui a tué les gens c’est pourquoi il demande pardon’’. Mais demander pardon existe dans la religion. On dit dans la religion de demander pardon pour ses fautes, pour ses péchés. Mais tous les jours-là, on prie, on demande pardon à Dieu, est-ce que c’est parce que tous les jours on fait des péchés contre Dieu. Mais on demande pardon à Dieu. On doit demander pardon parce que dans notre vie, dans notre quotidien, tous les jours, on peut avoir des manquements, on peut blesser quelqu’un sans savoir qu’on l’a blessé ; on peut faire du tort à quelqu’un sans savoir qu’on lui a fait du tort. Il faut demander Pardon. Et puis le Pardon là, ça ne t’affaiblit pas, ça te grandit. Quand vous êtes chez vous à la maison, votre fils de deux ans te dit papa, je vais te frapper, et puis il commence à te donner des coups, vas-tu le frapper aussi ? Non tu lui pardonnes. Le Pardon là, c’est ça qui permet aux hommes et aux femmes de vivre dans la paix.

Fasse Dieu que la mosquée de Diawala soit un lieu de pardon, que cette mosquée lance le vaste chantier de la Réconciliation. C’est vrai je suis en train de parler de réconciliation tous les jours, les gens ne m’entendent pas mais je suis convaincu qu’avec vos prières, vos bénédictions, les gens entendront, les gens comprendront la nécessité du Pardon pour que nous puissions vivre en harmonie sur cette terre de nos ancêtres, appelée Côte d’Ivoire.

Je termine mon propos sur une note adressée à Dieu. Nous sommes tous venus ici dans cette cour de la mosquée. Ma prière à Dieu, c’est d’ouvrir le cœur, les esprits de tous les Ivoiriens, au-delà de la Côte d’Ivoire des Africains pour accepter et pour faire comprendre à chacun, que nous soyons du Nord ou du Sud, de l’Est, de l’Ouest, du Centre, nous sommes d’abord et avant tout des frères et des sœurs . Et que, en tant que tel, frères et sœurs nous devons vivre en harmonie dans la paix et surtout réconciliés. Voici la prière que j’adresse à Dieu en ce vendredi saint. Je vous remercie.

Propos recueillis et retranscrits par Louis Konan


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