10 août 2018
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Déjeuner en l’honneur de la libération de Soul II Soul / Guillaume Soro : « Mes mots d’aujourd’hui, c’est Pardon… »

Libéré suite à l’ordonnance d’amnistie prise pour 800 prisonniers ivoiriens par le Président de la République de Côte d’Ivoire, SEM Alassane Ouattara, le lundi 06 août dernier à l’occasion de son traditionnel discours à la veille de la Fête nationale, le directeur de protocole du Président de l’Assemblée nationale (PAN), M. Kamaraté Souleymane alias Soul II Soul, a recouvré la liberté le mercredi 08 août 2018.


Dès sa sortie de prison, il s’est rendu immédiatement au domicile de son patron, ami et compagnon, Monsieur Guillaume Kigbafori Soro, pour le saluer et lui dire merci pour tous les efforts consentis à sa libération. En retour le PAN Guillaume Soro, très heureux de retrouver son frère, le lui a bien rendu en organisant ce jeudi 9 août 2018 à sa résidence, un déjeuner en son honneur. Avant l’entame du déjeuner, le Président Guillaume Soro a bien voulu passer un message à tous ses invités. Un message plein de spiritualité et empreint de Pardon, de Paix et de Réconciliation.

Ci-dessous de grandes lignes de son discours :

- Excellence monsieur l’ambassadeur du Gabon

- Monsieur le secrétaire général de l’Assemblée nationale

- Monsieur et madame les députés

- Mesdames et messieurs, chers amis

Je prends la parole pour dire quelques mots. D’abord rendre grâce à Dieu. J’ai voulu aujourd’hui que nous nous retrouvions, ce n’est pas pour faire la fête, ni pour manger, faire la ripaille et autre. C’est d’abord et avant tout des retrouvailles dans la piété pour rendre gloire et grâce à Dieu. Pourquoi ? Parce que quand Soul a été arrêté, nous nous sommes plaints à Dieu pour lui demander pourquoi il nous a fait ça. On se plaignait, on se lamentait mais nos lamentations s’adressaient à Dieu. Maintenant qu’il a été libéré, on veut oublier Dieu dans l’affaire-là (rires). On veut fêter comme si c’était de notre fait. Non ! Je pense que notre premier geste doit être de dire infiniment MERCI à Dieu pour avoir permis beaucoup de chose, et c’est pourquoi j’ai demandé qu’il y ait cette prière para-œcuménique qui réunisse les religions. Je disais au secrétaire général de l’Assemblée nationale que quand on parle de prière œcuménique quand la prière se fait à l’intérieur d’une religion donnée comme les catholiques, les évangélistes, les méthodistes… Mais quand les prières sont embrassées par plusieurs religions, on parle de prières para-œcuméniques parce qu’on y retrouve plusieurs religions ensemble. Même au sein de la religion musulmane, il y a plusieurs courants, les wahhabites, les chiites, les sunnites etc. Et donc cette prière para-œcuménique qui réunit toutes les religions sans distinction pour rendre gloire et grâce à Dieu. Je pense que ce phénomène spirituel est important et nos premiers mots doivent s’adresser à Dieu qui a permis que nous soyons – là si nous sommes des croyants. Et je crois que nous le sommes tous. Je rends donc grâce à Dieu après les prières des religieux et je suis content.

Après l’avoir fait, je voudrais m’adresser aux leaders religieux pour leur dire que vous avez un rôle important. C’est pourquoi vous qui êtes ici présents, je vous demande de vous retrouver pour qu’au-delà de la prière que nous avons eu à faire aujourd’hui pour Soul, vous puissiez vous retrouver à un niveau plus large, grand pour que vous puissiez prier aussi pour tous les autres prisonniers. Je disais à Soul : « mais Soul, quand tu étais en prison là-bas, il n’y avait RDR, FPI, PDCI, vous étiez tous des prisonniers. Quand vous êtes sortis là, ce qui vous unit, c’est ce temps de prison que vous avez fait, donc rapproche toi des autres prisonniers pour organiser sans distinction de religion pour dire un grand merci à Dieu. C’est important que vous le fassiez ». Donc l’abbé Léonce (l’abbé Ballet Ogoi Léonce a fait le petit séminaire de Katiola avec moi donc, on se connait bien depuis des années), moi je le souhaite, voyez avec les autres car j’aimerais que tous les prisonniers sans distinction, vous voyiez comment faire pour organiser une prière pour dire merci à Dieu. Et j’expliquerai pourquoi. Parce que l’acte d’amnistie qui a été pris qu’on le veuille ou non a apporté un apaisement, une décrispation dans la vie politique de la nation ivoirienne, de sorte qu’à mon avis, c’est un acte qui est important et on ne doit pas faire la fine bouche.

Il y a des amis qui me disaient ‘’vraiment on ne doit pas être content, car c’est arbitrairement qu’on a pris Soul pour le mettre en prison et on l’a ressorti, pourquoi en être content ? ‘’ Je leur ai dit : ‘’en tout cas moi, je suis content.’’ (Rires) ‘’Que ce soit injuste ou pas injuste, ce qui est sûr est que moi je suis content. Déjà, ayons-le avec nous et après on pourra bavarder ’’ (rires). Si vous dites que c’est un acte injuste, vous-mêmes, allez-y prendre sa place en prison. Le jour où l’acte sera juste, on va vous libérer. Pendant ce temps, je serai avec mon Soul’’ (rires et applaudissements). 

Au-delà du côté anecdotique de ce que je dis, la réalité c’est de prendre dans la vie les choses comme elles se présentent. Aujourd’hui doit être un jour d’humilité et de piété. Moi - même j’ai été en prison et quand j’ai vu le régisseur adjoint qui a accompagné Soul… moi quand j’étais en prison, c’est lui qui était chargé de la cuisine. C’est lui-même qui m’a reconnu. C’est pour vous dire qu’il nous faut beaucoup d’humilité et avoir la capacité de pardonner. J’ai dit à Soul : « tu es sorti, pas de haine, pas de rancœur. Reprends ta place tranquillement et avance ». Parce que si on veut avoir l’esprit de vengeance, on n’en finira pas. Mais convenez avec moi que le régisseur adjoint qui est venu, il a vu combien défiler sous ses yeux combien de générations en prison ? Il m’a vu passer ; avant moi il a vu les Gbagbo passer. C’est pourquoi je conseille beaucoup d’humilité parce qu’on passe en prison, d’autres passeront encore après nous. Il faut donc être humble, il faut remercier Dieu et avoir la capacité de pardonner franchement. Et quand on sort de prison, notre discours doit changer, nous ne devons pas avoir un discours d’arrogance. « On va écraser lui-là, toi tu es qui pour écraser quelqu’un ? Seul Dieu a le pouvoir d’écraser quelqu’un ». Pour dire que notre langage doit changer, notre langage doit être empreint de sagesse et de pardon. Il faut qu’on pardonne et qu’on aille à la réconciliation.

C’est pourquoi je parle aux religieux. Il fut un moment où certains ont failli vous critiquer. Donc dites-moi merci parce que je leur ai dit de ne pas critiquer les religieux. Ils ont dit : « mais comment ! ils sont là, on attrape les gens, on les met en prison et les religieux ne font rien ». Je leur ai dit est-ce que vous savez le travail qu’ils font dans leur chambre, dans leur cœur ? Ce n’est pas tout ce qu’on fait qu’on dit. Je leur ai demandé de laisser les religieux en dehors de la politique. On dira c’est une affaire politique, pourquoi du coup les religieux s’en mêlent comme c’est Soul, alors qu’il y a beaucoup d’autres prisonniers ? Cela pourrait être embarrassant. C’est pourquoi, je ne me suis pas adressé à vous dans cette période pour éviter les polémiques ou mauvaises interprétations. On m’aurait accusé de théâtraliser le problème de Soul en impliquant la religion ; Mais aujourd’hui, comme tout le monde est content, c’est bon que vous voyez comment faire une grande prière pour tous les prisonniers sans exclusion. Et je peux vous le dire ; les meilleures amitiés se nouent en prison. Donc Soul, il faut voir tes amis de prison au-delà du PDCI, RDR, FPI pour leur dire de venir pour qu’on prie ensemble et qu’on partage ensemble nos expériences pour contribuer à l’apaisement et à la paix en Côte d’Ivoire parce que ce que nous cherchons c’est la paix en Côte d’Ivoire.

La deuxième chose que je voulais dire et là, je veux m’adresser à chacun d’entre vous. Je sais qu’on a eu tous mal, mais je me charge au nom de Soul de dire Merci à chacun d’entre vous. Parce que j’ai vu des gens mobilisés, des gens qui venaient me voir, qui me disaient des choses. Les gens se sont vraiment mobilisés, qui pour aller voir sa famille, etc. Je vous suis reconnaissant. Il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas là car nous avons voulu faire quelque chose de restreint. Donc tous ceux qui ont soutenu, qui ont prié, qui ont posé un acte, soyez-en remerciés et je vous prie de transmettre aux absents les remerciements de Soul II Soul. C’est grâce au concours de tout le monde qu’aujourd’hui Soul est libre. Ce n’est pas le fait d’une seule personne. C’est toute cette diversité qui constitue l’opinion publique nationale.

En votre nom à tous, je veux saluer le Président de la République, qui a pris l’acte, il aurait pu ne pas prendre. Il aurait pu dire « moi je veux que Soul fasse encore un an en prison », mais il a pris l’acte donc moi je le remercie pour l’avoir fait. C’est important car c’est ce que nous souhaitions, c’est ce que nous voulions (…) il y a des gens qui n’ont jamais fait la prison et ils parlent. Je pense même qu’il y a certains postes, avant qu’on ne vous l’attribue, vous devez d’abord faire un stage en prison (rires). Peut-être que ça va changer votre façon de percevoir les choses. C’est formateur ! J’ai dit un jour à un ami magistrat que tous les magistrats devraient faire un stage d’au moins dix mois de prison comme cela, ils auront tendance à réduire les peines d’emprisonnement (rires et applaudissements).

Moi je pense et cela a été mon point de vue. Personne ne m’a soufflé cela. Je considère pour avoir été en prison, dans un pays il peut avoir tous les problèmes aussi graves mais à un moment donné, il faut tourner la page. Il n’y a pas de fait trop grave qui ne résiste au pardon, c’est pourquoi j’ai demandé la libération des prisonniers depuis 2017. Mais avant ça, les prisonniers eux-mêmes ne savaient pas ce que je faisais pour leur libération. Ce n’est pas tout qu’on dévoile mais pour moi si on libérait les prisonniers ça allait décrisper l’atmosphère, ça allait nous permettre de faire la réconciliation parce que ce dont la Côte d’Ivoire a besoin réellement, c’est la réconciliation, le Pardon, la Paix. Donc pour moi, il fallait libérer les prisonniers sans distinction. Donc aujourd’hui que le Président a accepté de la faire, je lui dis Merci car c’est important. Evidemment, quand on est autour d’un Président, il faut quelquefois quand même être bien, il faut pouvoir parler au Président, lui demander par exemple de libérer les gens. Alors si toi tu n’as pas le courage de lui dire et quand tes amis le font, il ne faut pas venir gâter alors que c’est bon pour le pays. Donc quand on se lève pour demander au Président de libérer les gens, ce n’est pas pour avoir un profit politique. C’est pour que le pays en bénéficie, c’est pour que tout le monde soit content. Vous avez vu la vidéo dans laquelle le FPI, Sangaré et les autres ont dansé lors de la libération de Simone Gbagbo ? Est-ce que ce n’était pas beau ? Est-ce quand ils sont contents, ça vous fait mal ? Normalement s’ils sont contents, nous aussi, on devait être content pour le pays parce que c’est pour le pays, ce n’est pas autre chose. Moi, je pense qu’il faut qu’on soit content et qu’on dise MERCI au Président. Malheureusement d’autres ne me suivent pas sur cette voie mais je pense que c’est ce qui est correcte.

Je voudrais aussi m’adresser à sa famille parce que sa famille a beaucoup souffert car ça n’était pas évident de voir leur fils en prison. Au début, nous avions voulu cacher la vérité à cause des enfants mais comme ça perdurait, tout le monde a été en définitive informé. Pour la maman qui est quand même âgée, je suis content que Soul soit sorti et qu’elle voit son fils et vice versa, parce que malheureusement pour d’autres prisonniers, ils étaient encore incarcérés quand leurs parents sont décédés. Merci à Dieu pour cette grâce !

Après avoir dit tout ça, je voulais conclure pour dire que je demande à chacun d’entre vous que nous nous mettions ensemble et que nous soyons tous imbibés de piété ; d’humilité, et d’amour. Nelson Mandela a fait 27 ans de prison, quand il est sorti, il dégageait une aura de pardon, d’amour, de rassemblement donc nous ne pouvons pas nous fâcher plus que lui pour ne pas être en mesure de pardonner. Donc mes mots d’aujourd’hui, c’est Pardon, pardon, pardon et que Dieu inspire tout le monde pour que nous soyons humbles et que nous voyons l’intérêt du pays. Que chacun contribue pour que la paix règne en Côte d’Ivoire. Voilà ce que je voulais vous dire. MERCI !

Propos recueillis et retranscrits par Louis Konan


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