28 juillet 2017
Côte d’Ivoire
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DECLARATION DE L’ALLIANCE DU 3 AVRIL

L’Alliance du 03 Avril, par la voix du député Alain Agniman Lobognon, a fait une déclaration, ce jeudi 27 juillet 2017 à la salle des Pas perdus de l’Assemblée nationale, devant la presse nationale et internationale.

Ci-dessous l’intégralité de cette déclaration ;


Mesdames et Messieurs,
Le 9 juin dernier, nous annoncions en ces lieux choisis pour leur symbole républicain, la création de l’Alliance du 3 Avril, une plateforme de dialogue inclusif entre les Ivoiriens, afin d’arriver à solder définitivement la longue crise que connaît depuis de longues années notre pays, la Côte d’Ivoire.
Ce jour, 27 juillet 2017, au nom de mes collègues, Députés de la Nation et des leaders d’opinions qui nous ont rejoints, j’ai la lourde responsabilité et l’honneur de présenter ce document d’orientation qui guidera nos actions en faveur du Pardon et de la Réconciliation dans notre pays.
Mais avant, permettez-moi de rappeler, à toutes fins utiles, que l’Alliance du 3 Avril n’est pas un Parti politique. Il n’ambitionne pas non plus de le devenir. L’Alliance est un cadre citoyen et républicain de dialogue inclusif et d’échanges en vue d’aboutir au Pardon et la Réconciliation en Côte d’Ivoire.
Loin des commentaires de toutes natures suscités çà et là depuis l’annonce de la création de l’Alliance du 3 Avril, il nous faut reconnaître les attentes de plus en plus grandissantes de nos compatriotes victimes de nos errements et de nos fautes politiques.
La Côte d’Ivoire a fauté. La Nation a été son propre bourreau. Le pays a été victime de ses propres errements. Il y a donc lieu que la Côte d’Ivoire pardonne à la Côte d’Ivoire.
Ne nous trompons pas en faisant croire que seuls ceux qui ont ou qui auraient commis en 2011 des fautes graves, méritent d’être sanctionnés, et donc d’être privés de libertés et de dignité. Ne commettons pas d’erreurs en abandonnant les victimes à leur propre sort et en croyant que tout est fini et que la crise est dernière nous.
L’Alliance du 3 Avril est aujourd’hui devant vous, Mesdames et Messieurs, pour appeler toute la Nation à l’humilité et à la repentance pour que ensemble, les Ivoiriens parviennent à se pardonner.
Dans « Pourquoi pardonner ? », Johann Christoph Arnold nous explique que « Le pardon n’a que peu de rapport avec la Justice humaine, qui réclame un œil pour un œil, ni avec l’excuse qui balaie le problème. »
Il a raison d’avancer que « Le pardon est une petite porte étroite ouverte vers la Paix et le Bonheur, que l’on ne peut pousser sans se baisser. »

Mesdames et Messieurs,
Il est temps de mobiliser ensemble nos forces pour trouver la porte du Pardon. Il est temps de rétablir nos relations avec nos frères qui ont ou qui auraient commis des fautes graves.
Depuis le 9 juin 2017, nous avons écouté des positions bien souvent diamétralement opposées. Celles d’éditorialistes. Celles des parents des victimes. Celles des parents de détenus. Celles de détenus et d’exilés. Celles de certaines victimes. Celles de personnes que nous qualifions de neutres, parce que membres de la société civile. Toutes les personnes ne sont pas hostiles aux initiatives actuelles en faveur de mesures politiques au nom de la paix en Côte d’Ivoire.
Notre pays a une histoire qui doit aujourd’hui nous servir de repères afin que nul n’en ignore que nos erreurs collectives soient perçues comme les futurs interdits à ne plus jamais violer.
Chacun de nous, à une période de cette histoire commune a été blessé. C’est donc tout naturellement que ceux qui ont ressentis la douleur ont le droit de se remémorer la source des blessures. Mais ceux qui ont été blessés, que nous appelons les victimes de nos erreurs, doivent être aidés pour éviter, à chaque occasion, de dénombrer la culpabilité de l’autre. La souffrance des victimes ne doit pas se transformer en ressentiment. La douleur des victimes doit être apaisée.
L’Etat de Côte d’Ivoire doit aider l’ensemble des victimes civiles et militaires à combattre la rancune qui les ronge au quotidien.
La Nation doit trouver des solutions définitives à ce qui s’est passé depuis 1959. Il s’agit ici de prendre en compte les souffrances de toutes les victimes ; pas uniquement celles issues de la crise de 2011, mais aussi toutes celles qui ont été blessées dans leur dignité à l’éclatement des crises survenues dès 1959 et qui ont continué dans les années 60, 70, 90 et plus récemment en 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005 et 2007.
Il faut indiquer qu’à la faveur de chacune des crises citées, une Loi d’Amnistie avait été adoptée pour accorder le Pardon de la Nation à ceux qui avaient été reconnus responsables et condamnés, sans toutefois prendre en compte la dignité et l’honneur perdus des victimes.
Permettez-moi de rappeler ici, les trois dernières Lois et Ordonnance d’Amnistie intervenues respectivement :
· le 21 décembre 1998 pour amnistier les infractions commises dans le cadre des manifestations dites du « Boycott actif » ayant provoqué à l’occasion de l’élection présidentielle du 22 octobre 1995, des morts, des blessés, des déplacements de populations et de nombreux dégâts matériels ;
· le 8 août 2003 pour amnistier les auteurs des événements des 17 et 18 septembre 2000, des 24, 25, 26 et 27 octobre 2000, des 4 et 5 décembre 2000, des 7 et 8 janvier 2001, du 10 février 2001, des 18 et 19 septembre 2002 ;
· le 12 avril 2007 pour amnistier les auteurs, les coauteurs ou complices, militaires ou civils impliqués dans des infractions contre la sûreté de l’Etat et de la Défense nationale, ainsi que les infractions connexes commises par les nationaux ivoiriens se trouvant sur le territoire national ou en exil, entre le 17 septembre 2002 et le 12 avril 2007.
Mesdames et Messieurs,
La Côte d’Ivoire doit pardonner. La Nation ivoirienne doit s’accorder un pardon collectif pour un nouveau départ démocratique et fraternel. Le Pardon doit être l’affaire de tous. Les Ivoiriens doivent se sentir concernés par la repentance et s’engager à reconnaître les torts et, avec humilité, demander pardon aux Ivoiriens qui ont été marqués dans leur honneur et leur dignité. Chaque parti politique ivoirien doit se confesser et demander pardon à la Côte d’Ivoire meurtrie. Chaque acteur qui compte en Côte d’Ivoire doit demander pardon à la Nation.
Au-delà du Président du Parlement, qui demande pardon aux Ivoiriens pour ses torts, c’est l’Etat de Côte d’Ivoire qui doit assumer les fautes de ses citoyens et demander Pardon à toutes les victimes des crises survenues dans notre pays, depuis des décennies.
Pardonner ne sera ni oublier, ni fermer les yeux sur les torts occasionnés par les erreurs imputables à toute la classe politique, avec comme unique victime, le Peuple ivoirien. Il n’y a que par le Pardon que la Côte d’Ivoire aura choisi de façon délibérée de mettre fin à la haine qui ronge les cœurs de ses filles et de ses fils. Car la haine constitue le premier frein aux progrès de la Nation.
C’est pourquoi, Mesdames et Messieurs, l’Alliance du 3 Avril, pour soutenir le dépôt devant l’Assemblée nationale d’une résolution parlementaire pour le Pardon et la Réconciliation, propose dans sa Charte les éléments ci-dessous :

· Premièrement. Afin de constituer et consolider la Mémoire nationale, source objective du récit national, et vaincre les divisions du passé, le Gouvernement et le Parlement de Côte d’Ivoire doivent adopter une Loi instituant la Journée de la Mémoire nationale et du Pardon aux victimes.

Cette Loi, qui vise à rétablir l’honneur et la dignité des victimes des crises, prendra en compte :

1. les conclusions et les recommandations du Forum de réconciliation nationale (FRN) de 2001,

2.les conclusions et les recommandations du rapport de l’enquête parlementaire sur les événements du 19 septembre 2002,

3.les conclusions et les recommandations du rapport d’enquête sur les violations de droits de l’Homme et du droit international humanitaire survenues dans la période du 31 octobre 2010 au 15 mai 2011,

4.les conclusions et les recommandations de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR),

5.les conclusions et les recommandations de la Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes (CONARIV).
· Deuxièmement. Afin de reconnaître et d’assumer publiquement les erreurs collectivement commises par les enfants de la Nation ivoirienne, l’Etat de Côte d’Ivoire doit demander Pardon à l’ensemble des victimes civiles et militaires de toutes les crises survenues en Côte d’Ivoire depuis 1959.

· Troisièmement. Afin de reconnaître et d’assumer publiquement les erreurs collectivement commises par les Ivoiriens, le Gouvernement de Côte d’Ivoire doit soutenir, et l’Assemblée nationale doit voter la création d’une commission sur l’Amnistie totale et définitive.
La commission sur l’Amnistie sera chargée d’analyser la situation des personnes en conflit avec la Justice pour des motifs militaires et politiques survenus lors des différentes crises et allant dans le sens du Pardon et la Réconciliation.
Mesdames et Messieurs,
La Charte de l’Alliance du 3 Avril est soumise à la signature de ceux qui soutiennent l’initiative du Pardon et de la Réconciliation en Côte d’Ivoire, et qui vise à faciliter le Pardon de la Nation à ses citoyens détenus et ou en exil à la suite de la crise postélectorale de 2011.
Elle vise à obtenir la reconnaissance des erreurs de la Nation en vue de leur réparation et de la réhabilitation des victimes à qui dignité et honneur ont été enlevés. Seule, l’Alliance du 3 Avril échouera. Ensemble nous réussirons.
Pour ce faire, nous sollicitons l’aide du Gouvernement, de tous nos collègues Députés, des associations des victimes des crises successives, de la presse nationale et internationale et celle des leaders d’opinions, et plus particulièrement la contribution des dirigeants et des membres des partis politiques, des élus locaux, des Ivoiriens de la diaspora ivoirienne, des guides religieux, des chefs traditionnels, des sportifs, des acteurs du monde culturel, du monde du travail, et des associations de femmes et de jeunes de Côte d’Ivoire.
Mesdames et Messieurs,
Je ne saurais terminer mes propos sans rendre hommage à tous ceux qui ont fait de la réconciliation en Côte d’Ivoire, une priorité.
Je voudrais saluer en premier, le leadership du Président de la République, SEM Alassane Ouattara, qui, dès le 11 avril 2011, disait et je cite : « Je demande à tous mes compatriotes de tout faire pour que la paix revienne définitivement dans notre pays. Aujourd’hui, une page blanche s’ouvre devant nous, et c’est ensemble que nous allons écrire l’histoire de la réconciliation. » Fin de citation.
Donnons ensemble des arguments solides au Président de la République pour réussir le chantier de la réconciliation entre toutes les filles et tous les fils de notre chère Côte d’Ivoire.
Je remercie le Président Henri Konan Bédié, pour sa disponibilité à faire aboutir cette initiative en faveur de la Paix en Côte d’Ivoire.
Je salue également le Président Soro Kigbafori Guillaume dont l’appel au Pardon et à la Réconciliation a inspiré les initiateurs de l’Alliance du 3 Avril. Que tous les autres acteurs politiques ne se contentent pas d’interpréter son engagement en faveur du Pardon et de la Réconciliation en Côte d’Ivoire.
Je salue enfin les guides religieux, les chefs traditionnels, les médias et l’ensemble des Ivoiriens, qui soutiennent cette initiative et qui multiplient les prières et les libations pour que se retrouvent comme par le passé les enfants de ce pays, que jadis, l’on disait béni de Dieu.
Que Dieu protège notre chère Côte d’Ivoire et nous préserve des mauvaises intentions, en ce jour historique du 27 juillet 2017, date anniversaire de l’adoption de l’hymne nationale de Côte d’Ivoire, par les Députés de l’Assemblée constituante, le 27 juillet 1960.

Je vous remercie !


Konan Louis


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