11 novembre 2017
Editorial
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Editorial
Améliorer la qualité de la croissance africaine !

L’Editorial de Mamadou Djibo, Ph.D.,
Philosophy


L’un de nos éditoriaux a déjà abordé la question de la meilleure voie de rendre endogène la croissance africaine. J’ai apostrophé les décideurs africains et ceux en charge de l’élaboration et l’application des politiques publiques sectorielles idoines sur le constat que la croissance importée au moyen des firmes internationales ou achetée à crédit est un trompe-l’œil. Pire, un remplissement de l’extraversion économique qui se détourne du suprême enjeu qui est l’industrialisation. L’Afrique des émergences doit se garder de remplir ces extraversions. Depuis les années 70 l’économiste émérite Samir Amin, principalement, et la doxa consacrent le savoir qui affirme et soutient que c’est à partir du tissu industriel commençant de nos pme-pmi, de l’excellence de l’éducation et formation des entrepreneurs sur l’information et le financement, le management, la bonne gouvernance des entreprises, un fonds de garantie des grandes entreprises au profit des pme-pmi, des règles de bonne gouvernance démocratique des autorités publiques et, assurément de la sortie de l’extraversion du processus de développement, que nous échapperons à l’émergence par procuration. Echapper parce qu’il s’agit là d’un fondement hallucinatoire du progrès social. Or, l’architectonique de toute cette entreprise de déverrouillage économique reste, bien sûr, l’indépendance de l’institution judiciaire. Il suffit de voir comment les Sud -Coréens ont pu destituer leur présidente en raison de mœurs publiques frelatées, Madame Park, sans interférence politique et des manifestations massives sur la voie publique sans que l’on casse un seul lampadaire ou piller le bien privé. La croissance endogène et l’émergence soutenable sont donc le fruit succulent des émotions démocratiques et citoyennes. Ce vieux débat que les intellectuels africains n’ont donc jamais cessé de mener, nous rend visite. Ki-Zerbo disait qu’on n’importait pas le développement. Mais qu’on se développe. Une intuition de l’endogénéité du processus que le leadership africain authentique, celui de transformations, doit entreprendre. Or, à la pratique, l’on réalise que le développement consiste en la compilation de statistiques affriolantes ou fortes si l’on préfère et qui sont, de facto, dans un lien d’incompatibilité avec la détresse socioéconomique des populations.

Des croissances fortes sans progrès social ! Pour le citoyen lambda, ces excavations statistiques ne sont pas porteuses d’espoir et les dirigeants doivent rectifier le tir. Le remplissement extraverti du vide local par l’investissement privé global ou public par le bilatéral est un paradoxe : il promet des promesses locales sur l’extraverti ! Autant dire Deux Solitudes qui promettent ou (se) promettent des promesses ! Des statistiques heureuses contraposées à la panne d’espoir des jeunes et des femmes, la majorité écrasante. Cette disjonction désespérément renversante est le nom propre de la mauvaiseté de la croissance africaine courante, fut-elle, à trois chiffres, excepté les cas rwandais et éthiopien (leadership de transformation administré et hub de délocalisations chinoises). La situation est d’autant rude pour les écosystèmes politico-économiques africains que le néolibéralisme triomphant dont l’âme est l’inégalité de traitement des citoyens, a conduit les dirigeants non attachés aux dynamiques internes, à décrire, mener des politiques extraverties, à pratiquer, solution facile, un capitalisme oligarchique d’Etat, corrompu et désargenté.

Améliorer la qualité de la croissance revient à rendre endogène le processus de développement. J’en vois deux changements de paradigmes pour le réussir.

1. Tissu national de pme-pmi et comme socle de la qualité de la croissance

Les caprices du profit toujours plus élevé dont sont porteurs les firmes globales ne confortent pas le début d’industrialisation de nos Etats. Pas plus en Afrique qu’en Europe où les terroirs sont confrontés, eux aussi, au phénomène de désindustrialisation au service d’une financiarisation plus accrue de l’économie, moins productrice de richesses et subséquemment d’emplois synonymes de pouvoir d’achat. La mécanique de redistribution est en panne là-bas comme ici. Le modèle économique sonne faux quel que soit le taux de croissance affiché. Mettre la croissance à la remorque d’un processus financiarisé, c’est accepter une croissance comme abîme pour l’employabilité, l’emploi, le développement durable, les politiques d’égalité entre citoyens et entre régions et le développement des capacités locales. Le renversement de paradigme signifiera que la croissance africaine n’est point un pion du global.

Le leadership de transformations incarné par le Président Kagamé nous conforte dans cette idée qu’une autre perspective, fruit de la vision et de la volonté, est disponible comme nouveau paradigme.

*Dans une récente étude (octobre 2017) de la Banque Mondiale, le doigt est mis sur la vérité des inégalités territoriales. S’arrêter à la simple épellation du taux de croissance, c’est alors adouber le système inégalitaire d’essence néolibérale et, localement, de panne d’espoir pour les jeunes et les femmes et, désormais, selon la Banque Mondiale, de certaines régions. Cette inégalité fait d’injustices territorialisées est le terreau fertile des excroissances de la violence, du taux de pauvreté et de la radicalisation des jeunes.

*Or, l’entrepreneuriat jeune et/ou féminin est une dynamique interne. Il repose sur la formation qualifiante, le développement des capacités managériales, la culture de leadership et la promotion du mentorat. L’estime de soi du jeune entrepreneur, ne pas s’épuiser sur l’obsession du sérieux, rester concentré, avancer vers ses objectifs, vivre sa passion et la foi en un avenir tranquille et prospère chez soi etc. sont autant de facteurs culturels et émotionnels mais déterminants pour déverrouiller une société pour le progrès social. Dante disait que notre connaissance sera toute morte à partir de l’instant où sera fermé le futur. Il est donc crucial de maintenir l’espoir, l’avenir sans peur, de mettre fin au cycle des excuses commodes. Il y a un débouché fabuleux en plus du numérique. C’est l’agriculture. La Banque Africaine de développement a un président qui a foi en l’agriculture. Une fenêtre d’opportunités pour l’envol de la Révolution verte, cette passion de Kofi Annan.

a. L’Afrique dispose de sols arables immenses et de ce parc, il est aisé d’imager tout le potentiel en agro-business, en souveraineté alimentaire, en fermes familiales pour une meilleure protection de l’environnement et de la nourriture bio. Un insondable moyen de s’auto-réaliser comme emplois ruraux, travailleurs et entrepreneurs ruraux. Le préalable, c’est de recenser toutes ces terres, d’établir des titres fonciers à partir d’une réforme foncière qui rétablisse les droits des familles et des individus (moyens de garantie bancaire). Surtout que le recensement ne vise pas seulement à lever l’impôt foncier, un taux d’imposition à baisser du reste même s’il faut saluer sa baisse de 11% à 9% par l’actuel gouvernement ivoirien.

Le Rwanda a lancé un programme présidentiel : une famille, une vache, un veau offert au voisin. Le succès rencontré est retentissant pour les 350 000 familles du pays (chaîne de solidarité nationale comme geste de réconciliation acté). Parallèlement pour l’éducation d’excellence et les capacités en innovations pour accueillir et être l’accueilli de la Révolution digitale, un programme présidentiel a aussi été engagé : One child, One laptop. Ces deux programmes combinés du Président Paul Kagamé administrent la preuve que les politiques publiques idoines ont un impact déverrouillant des freins émotionnels et autres de l’environnement social marqué par les schèmes et scléroses des sociétés traditionnelles en transition, les nôtres. Le taux de croissance endogène de 8% a entraîné le recul du taux de pauvreté de 56,7% à 39,1%, consacrant ainsi le Rwanda comme le premier pays africain le plus performant dans la mise à mort de la grande pauvreté depuis 2005.

Les sociologues savent que la consommation de quelque fait technologique, infrastructurel, énergétique à un niveau individuel et collectif est régénératrice de nouveau type de rapports sociaux susceptibles de perturber ou d’accélérer les facteurs de progrès social. C’est sur ce halo de faits que s’édifie la confiance, l’espoir d’un avenir prospère en commun.

b. L’Afrique est la première place de la main d’œuvre d’avenir. De ces projections réalistes, il apert que l’Afrique est le lieu propre du dynamisme, des innovations, des rêves de chacun. A bien des égards, nous y sommes puisqu’il suffit de voir les apports en mobile banking, codage, digitalisation des vécus sociaux et toutes sortes d’applications induites. Les pouvoirs publics devraient se donner des objectifs stratégiques de formation de qualité, en ingéniorats, sécurité cybernétique, la mobilité des profils induits par le futur des emplois non encore imaginés, tout ce que le président du Forum mondial de Davos, Monsieur Klaus Schwab nomme le Talentisme. D’ailleurs, accueillir et aider ce talentisme est le seul moyen pour conjurer les courants migratoires dont s’affolent les pays industriels à la démographie squelettique et qui pourraient opter le choix préjudiciable de l’invasion des robots, de l’internet des objets.

2. Bonne gouvernance des entreprises et institutions publiques

Etre la première place de la main d’œuvre d’avenir, c’est aussi pratiquer l’inclusion financière. Or, les banques primaires ne couvrent que seulement 34% selon les dernières statistiques les plus fiables, des citoyens africains. Surtout pas ceux qui viennent de trouver leur premier emploi ou contrat ou moyen de création de la richesse (moto, car, taxi, atelier, lopin de terre pour produits maraîchers, magasin dans une ville, unités de lait pasteurisé, vergers, parc animalier familial, etc.).

c. Il s’ensuit qu’il y a plus de la marge pour les innovations induites pour ces banques, autant de marché captif pour les pme-pmi africaines en partenariat avec les téléphonies dans l’accès aux comptes, dans le microfinancement, les assurances-risques de ces innombrables travailleurs ruraux, les lumpens urbanisés dans les mototaxis. Bref, ce dynamisme économique local sans nom de ces écosystèmes clos et déconnectés et qui ne demandent que leur interconnexion pour s’affirmer comme économies synergétiques ou symbiotiques, est le lieu propre où il faut gagner de vrais points de croissance. Le gain pour nos Etats désargentés et choisissant sans souci l’endettement, c’est la probabilité de l’amélioration de l’assiette fiscale à tous ces contingents de nouveaux contribuables (sociétés unipersonnelles, familiales, joint-ventures avec des pme-pmi européens, américains et asiatiques etc.)

*J’ai souvent séjourné à Bergame, en Lombardie (Italie). J’ai été toujours séduit par le dynamisme des petites entreprises familiales mais aussi la rectitude et la rigidité de l’escouade de la police fiscale dans la lutte contre l’évasion fiscale. Venant du Canada et repartant, j’ai constaté comment pour se faire rembourser les détaxes, l’Etat régentait un service public des plus performants en la matière. Il y a donc lieu de se battre contre ces évasions fiscales sous le prisme prétendument légal de l’optimisation fiscale (le légal a un rapport avec le moral sous le sceau du vivre ensemble et du bien commun). Il faut revisiter le code des investissements et l’actionnariat qui permette à un fonds souverain de l’Etat d’y posséder une part stratégique pour peser sur l’orientation de la gouvernance de l’antenne locale de la firme globale. La croissance endogène africaine ne peut donc pas se passer de la bonne gouvernance tant des entreprises que des gouvernements (du palier local au national). Autant une pme financée par une banque primaire ou une agence de microfinance, du crowfunding (économie solidaire) doit être performante en leadership pour capter un marché public, l’exécuter suivant le cahier de charges, autant les règles de transparence s’imposent au gouvernement pour l’allocation à temps des fonds, le suivi, le respect de normes, le cahier de charges, la réception conforme de l’ouvrage réalisé et le paiement-solde de tout compte à la pme sans la case corruption et commissions obscures. Le constat de la désaffection des infrastructures routières à grande vitesse, par exemple, témoigne que la corruption abîme l’espoir d’accélération du volume des échanges (intérieurs ou avec les pays voisins).

*Il faut donc s’approprier comme Etat efficace et démocratique, la maxime du Président XI Xinping dans sa croisade anti-corruption : Elle attrape tant les mouches que les tigres. La culture du résultat et la redevabilité sont à ce prix.

Références

.L’éditorial de Mamadou Djibo in www.guillaumesoro.ci/edito/rendre- la- croissance-africaine endogène_13971_1505992210.html

.Rapport de la Banque Mondiale. Auteur : Nga Thi Viet Nguyen, économiste au pôle Pauvreté et Equité. Publié le 27-10-2017

Source : www.guillaumesoro.ci


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